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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/862

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qu’on peut y recueillir, après cette opération, est encore susceptible de transmettre des maladies, car elle produit de riches cultures de microbes, lorsqu’on la dépose sur la gélatine ou sur l’agar-agar. Pour désinfecter complètement ses mains, il faut recourir à un dernier lavage à l’alcool.

Il est facile de se rendre compte par ce fait de l’examen sévère ; qu’il faut faire subir à tout ce qui approche des blessés. Pour peu qu’on se relâche de cette surveillance, on en est puni par des accidens de contamination. Il est des salles de blessés dans lesquelles on ne pénètre qu’après avoir subi un sérieux lavage et changé de vêtemens. Dans certains hôpitaux, tous les pansemens, toutes les opérations se font dans une salle spéciale, au milieu d’une atmosphère idéalement pure et par les soins d’un personnel également irréprochable.

Nous sommes loin, on le voit, de la malpropreté légendaire de nos vieux hôpitaux. Aussi, les chirurgiens qui ont conservé les traditions du passé, qui répugnent aux doctrines nouvelles et continuent à traiter d’enfantillage les détails minutieux de l’antisepsie, ceux-là continuent à perdre des malades. Dans les services où ces principes sont observés, les accidens consécutifs des blessures n’existent plus. Les opérations les plus graves réussissent avec une simplicité jusqu’alors inconnue ; la guérison s’opère sans trouble, sans réaction et dans un temps invraisemblablement court.

La pratique des opérations a puisé dans cette sécurité une audace que les vieux chirurgiens qualifient de témérité, mais que le succès encourage Le cadre des maladies accessibles aux instrumens a considérablement augmenté, et celui des innovations heureuses ne se compte plus. Dans les entreprises nouvelles dont nous sommes chaque jour les témoins, il y a eu sans doute que la saine pratique reprouve ; mais leur témérité même atteste la puissance de la méthode qui permet de les tenter.

L’art des accouchemens a bénéficié, comme celui des opérations, de cette conquête inappréciable. Les maladies puerpérales ont disparu des maternités comme des maisons particulières. Elles ont fui devant l’antisepsie. La mortalité si connue des femmes en couches dans les établissemens hospitaliers est passée à l’état de légende. On en parlera bientôt comme des épidémies du moyen âge. Pour donner la mesure de l’importance du progrès accompli, je ne puis résister au désir de reproduire ici ce que le professeur Tarnier disait, il y a quatre ans déjà, à la tribune de l’Académie de médecine : « En 1856, quand je fus nommé interne de la Maternité, la mortalité des femmes en couches était d’environ 10 pour 100. Elles étaient littéralement décimées par les maladies puerpérales… Je vis un jour mourir sept femmes en