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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/859

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la première et la plus heureuse des applications qui ont été faites, à l’art de guérir et à l’hygiène, des belles découvertes qui ont transformé la science contemporaine.


V

Le moment propice était arrivé ; M. Pasteur venait de découvrir, dans le domaine de l’histoire naturelle, un nouveau monde ; dont il nous révélait successivement l’organisation et les lois. Dans le cours de ses recherches sur les fermentations et de sa longue lutte contre les derniers défenseurs de la génération spontanée, il avait prouvé que l’atmosphère est peuplée comme la nier, qu’elle renferme des myriades de germes organisés et vivans que leur ténuité dérobe à nos regards, mais que le microscope décèle et qui se dévoilent par leurs effets. Il avait prouvé que toutes les fermentations sont le résultat de l’action de ces petits organismes, et que partout où la vie se manifeste, sans facteur apparent, elle provient du développement et de la multiplication de ces germes.

Les infiniment petits, personne ne le conteste plus aujourd’hui, sont les agens de toutes les transformations et de la destruction qui se produit dans le monde entier, pour compenser la création incessante qui s’y opère. Ils font disparaître, plus rapidement que les grands vertébrés nécrophages, tous les corps qui ont cessé de vivre. Ils protègent les vivans contre les morts, en restituant au monde inorganique les élémens de ceux-ci, afin de leur permettre d’entrer dans de nouvelles combinaisons et de participer à une vie nouvelle. C’est là le côté bienfaisant de leur intervention ; mais ils ne se bornent pas à décomposer la matière morte, ils agissent aussi sur les êtres vivans. Leurs innombrables essaims, répandus dans l’atmosphère, mêlés aux poussières qu’elle entraine dans ses mouvemens, tombent sur le sol et dans les eaux, qu’ils ensemencent. Ils pénètrent dans le corps de l’homme et des animaux, se développent, se multiplient au sein des liquides organiques qu’ils altèrent, et deviennent ainsi la cause des maladies les plus redoutables qui affligent l’espèce humaine et les animaux.

A l’époque néfaste dont j’évoquais tout à l’heure le douloureux souvenir, M. Pasteur n’avait pas encore démontré, pour l’espèce humaine, l’exactitude de ces grandes lois biologiques ; mais il on avait fourni les preuves pour quelques-unes des maladies contagieuses propres aux espèces animales. La bactéridie du charbon, le vibrion septique, les corpuscules de la maladie des vers à soie étaient découverts, et leur spécificité démontrée ; ces exemples suffisaient pour affirmer la loi posée et pour en permettre la généralisation. M. Pasteur était en droit de déclarer que toute maladie