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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/836

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La douleur est un des sujets sur lesquels les grands esprits de tous les temps se sont appesantis avec le plus de prédilection. Les physiologistes l’ont étudiée sous son aspect physique ; les philosophes ont médité sur son essence, ses causes et sa finalité, et, malgré des divergences d’opinion inévitables, tous ont été d’accord pour la considérer comme une loi de la nature, comme une nécessité fatale à laquelle il faut se résigner, parce qu’elle a sa raison d’être et son utilité. Les stoïciens professaient, il y a deux mille ans, à cet égard, les mêmes doctrines que les pessimistes d’aujourd’hui, avec cette différence toutefois que, si les premiers acceptaient la souffrance comme une condition de la vie, c’était pour enseignera l’homme à l’endurer avec courage. Supporte et abstiens-toi, telle était leur devise. Ils plaçaient le bonheur dans l’accomplissement de la vertu, tandis que les pessimistes ne croient ni à l’un ni à l’autre. Pour Shopenhauer, comme pour Hartmann, la douleur est l’irrémédiable condition des êtres, une sorte de damnation, un enfer dont le monde ne pourrait sortir que par l’anéantissement.

Le christianisme a des doctrines plus consolantes. A ses yeux, la douleur, bien loin d’être un mal, est le premier des biens. « O homme, a dit Chateaubriand, tu n’es qu’un songe rapide, un rêve douloureux, tu n’existes que par la douleur, tu n’es quelque chose que par la tristesse de ton aine et l’éternelle mélancolie de ta pensée. » La douleur, dit l’abbé Bougaud [1], éclaire et purifie ; elle détache

  1. Le Christianisme dans les temps présens, par l’abbé Emmanuel Bougaud, vicaire-général d’Orléans. Pari », 1877, t. Ier.