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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/728

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soumettre, ensuite, pour rester soumis, stipulaient des conditions. De là, en France, tant de conditions différentes : chaque corps distinct s’était rendu par une ou plusieurs capitulations distinctes et possédait ainsi son statut à part. De là, en France, des conditions si diversement inégales : bien entendu, les corps les plus capables de se défendre s’étaient défendus le mieux, et leur statut, écrit ou non écrit, leur garantissait des privilèges précieux que les autres corps, plus faibles, n’avaient pu acquérir ou conserver, non-seulement des immunités, mais aussi des prérogatives, non-seulement des allègemens d’impôt et des dispenses de la milice, mais aussi des libertés politiques et administratives, des débris de leur souveraineté primitive, des restes de leur antique indépendance, quantité d’avantages positifs, à tout le moins des distinctions, des préséances, des préférences, une supériorité sociale, un droit incontesté aux grades et aux honneurs, aux places et aux grâces. Tels étaient notamment les pays d’états, comparés aux pays d’élection, les deux premiers ordres, clergé et noblesse, comparés au tiers-état, les bourgeoisies et corporations des villes, comparées au reste des habitans. Par contre, en face de ces favoris de l’histoire, il y avait les déshérités de l’histoire, ceux-ci bien plus nombreux et par millions, les simples taillables, les sujets sans qualité ni rang, bref, le commun des hommes, en particulier le menu peuple des villes et surtout des campagnes, d’autant plus foulé que sa condition était plus basse, plus bas encore les juifs, sorte d’étrangers, à peine tolérés, et les calvinistes, non-seulement privés des droits les plus humbles, mais encore depuis cent ans persécutés par l’Etat.

Tous ces gens-là, que le droit historique transportait plus ou moins loin hors de la cité, le droit philosophique, en 1789, les y ramène. Après les déclarations de l’Assemblée constituante, il n’y a plus en France de Bretons, de Provençaux, de Francs-Comtois ou d’Alsaciens, ni de catholiques, de protestans ou d’israélites, ni de nobles ou de roturiers, ni de bourgeois ou de villageois, mais seulement des Français, tous citoyens au même titre, tous dotés des mêmes droits civils, religieux et politiques, tous égaux devant l’État, tous introduits par la loi dans toutes les carrières, ensemble, sur la même ligne et sans entrées de faveur, tous, sans distinction de qualité, naissance, croyance ou fortune, invités à fournir jusqu’au terme la carrière qu’ils ont choisie, tous appelés, s’ils sont bons coureurs, à recevoir au bout de la lice les plus beaux prix, emplois et grades, notamment les dignités et places éminentes qui, jusqu’ici, réservées à une classe ou à une coterie, étaient d’avance interdites au grand nombre. Désormais, tous les Français jouissent, en théorie, du droit commun ; par