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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/720

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bonnes grâces de l’Allemagne et de son chancelier. Le ministère de lord Salisbury a fait depuis quelque temps d’assez nombreux sacrifices d’amour-propre et presque de dignité dans ses relations avec l’Allemagne ; il n’irait pas jusqu’à faire ce qu’aucun gouvernement anglais n’a jamais fait, jusqu’à lier l’Angleterre par des engagemens permanens et à enchaîner la liberté de ses successeurs. Il aurait d’autant moins d’autorité pour déroger aussi gravement à toutes les traditions de la diplomatie anglaise que la fortune commence à se montrer singulièrement variable pour lui. Les élections qui se succèdent depuis quelque temps dans les provinces et à Londres même sont presque partout favorables aux libéraux, aux amis de M. Gladstone ; elles laissent pour le moins entrevoir une évolution lente et croissante de l’opinion, déterminée peut-être en partie par la politique extérieure du cabinet. Ce ne serait pas le moment d’enchaîner l’Angleterre par des obligations que rien ne justifierait, qui pourraient être désavouées par un autre cabinet. Tout ce que peut promettre le ministère de lord Salisbury, c’est d’entrer moralement, sans aliéner la liberté de l’Angleterre, dans les vues d’une ligue qu’on dit formée pour la paix, c’est de s’intéresser à l’œuvre des coalisés du continent, — et il ne laisse échapper aucune occasion de témoigner ses sympathies pour la triple alliance. Le gage le plus sérieux, le plus caractéristique qu’il puisse donner au chancelier d’Allemagne, c’est de le suivre dans la voie des arméniens, — et il le fait ; il le fait même avec une certaine affectation, sans déguiser l’objectif qu’on se propose. Lord Charles Beresford a donné le ton dans un discours, où il a exposé le plan de campagne dans la prochaine guerre. Il a supputé le nombre des navires anglais et français, calculant quelles forces seraient nécessaires pour réduire nos flottes à l’impuissance dans l’Océan et la Méditerranée, ce qu’il faudrait « pour surveiller, et, il l’espère, pour détruire les vaisseaux français de Toulon. » A la bonne heure ! M. de Bismarck n’en demande pas davantage ; il n’est pas homme à s’offenser de la liberté que se réserve l’Angleterre et de la neutralité ainsi comprise.

Heureusement on n’en est pas là ! Le ministère qui a de si bonnes raisons pour expliquer ses arméniens n’est peut-être pas éternel ; lord Beresford n’en est pas à bloquer Cherbourg ou à ordonner un autre siège de Toulon, et tandis qu’on se livre à ces chimères belliqueuses dans les discours ou dans quelques journaux anglais, la paix règne entre les deux nations. « Sa gracieuse Majesté, » la reine Victoria, ne laisse pas de venir chercher sur le sol français, à Biarritz, pour sa santé ou pour son plaisir, une hospitalité que notre gouvernement s’efforce avec raison de lui rendre agréable et sûre. Les Anglais peuvent être tranquilles : leur souveraine est la bienvenue parmi nous ; elle trouvera, elle trouve partout l’accueil et les hommages qui lui sont