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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/695

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La Servante maîtresse, de Pergolèse. — Théâtre de l’Odéon : les Érinnyes, tragédie antique de M. Leconte de Lisle, musique de M. Massenet.


On ne s’ennuie pas toujours dans le monde, et je sais un salon parisien où l’on a passé dernièrement une soirée tout artistique. J’aimerais à nommer ce salon, ne fût-ce que par reconnaissance ; mais on me l’a défendu, et je n’ai le droit de remercier des maîtres de maison très aimables et trop modestes, qu’à la condition de ne pas écrire leur nom, surtout ici.

C’est la Servante maîtresse que nous avons eu la bonne fortune d’entendre, la Servante maîtresse négligée depuis trop d’années. S’il est un chef-d’œuvre, pourtant, que l’Opéra-Comique n’ait pas le droit d’oublier, c’est celui-là qui fut le premier. Le perpétuel honneur du répertoire serait bien dû à un enfant du beau pays qui nous aimait naguère, à un enfant dont le génie de vingt ans créa notre art national et cette langue musicale que nous parlons encore, « qui nous vint d’Italie et qui lui vint des cieux. »

Et puis, dans l’histoire de la littérature et des arts, il est des noms sympathiques entre tous, de poétiques figures qu’environne un prestige mélancolique. Aux jeunes hommes de talent tombés sur le seuil de la maturité et de la gloire, aux Pergolèse. aux Vauvenargues, aux Hérold, aux Regnault, aux Bizet, nous donnons une place privilégiée dans notre mémoire et dans notre cœur. Nous les chérissons d’une tendresse plus vive et qui veut racheter la hâte de la mort, ceux dont la destinée fut incomplète, qui semblaient nés pour l’orgueil et la joie de leurs contemporains et ne sont nés que pour l’admiration et le regret de la postérité.

Pauvre Pergolèse ! On ne citerait peut-être pas un homme illustre