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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/680

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politique étrangère aura pour objet de préparer et d’obtenir la révision des traités existans dans un sens qui s’accorde mieux avec la place que la Chine occupe en tant que grande puissance asiatique. » Ne semble-t-il pas que ce mandarin veuille plagier nos chancelleries ? Voilà assurément un style nouveau sous une plume chinoise. Mais il y a mieux : « Les outrageux traitemens que des sujets chinois, résidant en de certaines contrées étrangères, ont eu à subir, sont la honte et du gouvernement sous l’œil duquel les faits se sont accomplis et de celui dont l’indifférence à l’égard des souffrances de ses sujets résidant au dehors semble avoir favorisé ces indignités. Une commission chinoise vient d’être nommée ; elle est chargée de faire une enquête sur place et de rédiger un rapport sur la condition des nationaux à l’étranger ; on espère que cette preuve de l’intérêt que le gouvernement impérial commence à prendre au sort de ses sujets qui vont au dehors, suffira à leur assurer à l’avenir le traitement que le droit des gens et la pure humanité dictent aux nations civilisées à l’égard des étrangers qui sont leurs hôtes. » Il ajouta qu’à l’expiration de la période décennale, la Chine ne renouvellera pas les traités par lesquels elle aliène ses droits souverains sur certaines parties de son territoire concédées aux établissemens étrangers : de plus, ses efforts tendront à faire substituer le régime des traités à celui des capitulations dans ses rapports avec les étrangers. — Sans aucun doute, les Anglais se rendirent compte d’emblée que le marquis leur empruntait des verges pour les fouetter ; ils l’avaient initié aux subtilités du droit des gens avec le plus parfait désintéressement durant le conflit franco-chinois : c’était alors la France qui payait les frais de cette éducation à la fois théorique et pratique. Mais il semblait bien cette fois que l’élève s’émancipait ; l’article avait beau paraître en langue anglaise dans un recueil anglais et s’adresser à de certaines nations étrangères, plus d’un homme d’état britannique sentit, en sa conscience avisée, que l’apologue, bien que dédié à ces Yankees, à ces Hollandais, à ces Espagnols, qui avaient persécuté les fils de Hann, était de ces leçons dont tout le monde est appelé à faire son profit. L’Australie, par exemple, pouvait passer, à la rigueur, pour un de ces « pays étrangers » auxquels le marquis faisait allusion, sans compter la Colombie britannique. Il fallait assurément se préparer à du nouveau, et le nouveau ne se fit pas longtemps attendre.

La commission d’enquête envoyée à l’étranger par la cour de Pékin au début de 1887 avait à sa tête le général Wong Yung-Ho, qui parle anglais parfaitement, ayant été l’un des interprètes attachés à Gordon durant sa campagne à la tête de « l’armée toujours victorieuse. » Elle visita les Straits Settlements, Java et les autres