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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/678

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reconnus par les traités aux nations civilisées. » Les armateurs, et commerçans de Hong-Kong ont subi de ce fait des pertes très sérieuses.

Lord Salisbury se trouve donc dans une situation très embarrassante ; il risque fort de mécontenter un chacun en voulant satisfaire tout le monde. Avant d’examiner comment la question se présente au point de vue international et dans quelle voie le gouvernement de Londres a dirigé son action diplomatique, il importe de mesurer la grandeur des intérêts qui viendront, dans les conseils de sa majesté britannique, faire contrepoids aux réclamations australiennes pour engager lord Salisbury à ménager la Chine.

Le chiffre annuel des échanges entre la Chine et l’empire britannique s’élève à la somme énorme de 763 millions de francs, dont la moitié passe par Hong-Kong [1]. En 1887, les statistiques des douanes dans les ports chinois accusaient, comme total des entrées et sorties, le chiffre de 22,195.661 tonneaux, dont 14,171,810 au compte de la marine marchande britannique, c’est-à-dire environ les deux tiers.

Il y a à Singapour 86,766 Chinois pour 2,769 blancs ; et dans l’ensemble des Straits Settlements (Singapour, Penang, Malacca, etc.) un total de 174,327 Chinois sur une population totale de 423,384 individus. Il n’y a pas un seul Européen qui comprenne leur langage ; ils vivent forcément à l’écart, ignorans des projets du gouvernement, des idées des Européens ; ils sont la proie de toute sorte de préjugés, vivent sur leur esprit exclusif et cèdent facilement à leur goût pour les sociétés secrètes, dont quelques-unes sont fort dangereuses. En 1887, elles comptaient à Singapour 62,376 membres, à Penang 92,581. Que la nouvelle se répande dans cette foule grossière et fanatique que leurs frères d’Australie sont persécutés, maltraités, le bruit sera rapidement dénaturé, grossi, et nul ne sait quelles conséquences terribles pourraient s’ensuivre.

En Birmanie, les Anglais reconnaissent qu’ils ont besoin des Chinois, ils les accueillent, ils les flattent. En juin 1887, sir Charles Bernard s’exprimait ainsi : « De tous les étrangers réunis aujourd’hui (à l’occasion du jubilé de la reine), il n’y en a pas qui nous soient plus sympathiques que les Chinois, dont l’énergie et le caractère industrieux sont appelés à rendre de grands services à la Birmanie… Le gouvernement de la reine désire vivement faire tout son possible pour que la Birmanie soit un séjour agréable pour les résidens chinois… » Commentant ce speech, l’India Times ajoutait : « La présence des Chinois dans la haute Birmanie ne peut que nous

  1. Millot, le Tonkin. Paris, 1888. — Statesman’s Yearbook, 1888.