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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/661

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Lorsque le courant d’émigration part des ports de l’Extrême-Orient et qu’il transporte par masses compactes les fils de Han à San-Francisco, à Cuba, à Manille, en Australie, des résultats heureux se produisent d’abord : dans les pays neufs où tout est à faire, où le sol est à défricher, les mines à exploiter, les chemins de fer à construire, C’est comme une alluvion fécondante qui vient recouvrir un sol jusqu’alors stérile. Mais quand la moisson commence à pousser, quand l’heure de la récolte approche, le colon blanc, qui a payé l’homme jaune pour remuer le sol et se tient quitte envers lui, le salaire payé, ne songe qu’à éliminer ce manœuvre qui, par son épargne, est devenu capitaliste à son tour : c’est un concurrent redoutable, il faut s’en défaire. Alors seulement, alors surtout, les colons blancs s’aperçoivent que l’homme jaune est d’une race ennemie, envahissante, humorale, que leur civilisation supérieure est en danger ; il leur semble avoir avalé inconsciemment un poison lent, ils font des efforts terribles et le vomissent dans des convulsions.

C’est le spectacle que nous ont donné certains des Etats-Unis ; c’est la tragi-comédie qui s’est jouée il y a quelques mois à peine en Australie. Les colons d’origine anglo-saxonne ont su, les premiers peut-être, exploiter systématiquement l’industrie, le labeur des fils du Ciel ; et ils ont été les premiers aussi à se réclamer des « droits supérieurs » de la race blanche pour réduire à néant l’élément jaune là où l’on avait commencé par l’attirer, là où ses infatigables et silencieux efforts avaient fait du désert un lieu habitable.

Cette « question chinoise » s’est posée d’abord en Californie. Quelques Célestes arrivent aux États-Unis dès 1835. Mais aucun