Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/650

Cette page n’a pas encore été corrigée


masses, ces humbles comparses du cortège solaire intéressent les astronomes sons plus d’un rapport ; aussi les surveille-t-on de près, pour éviter de les perdre après les avoir découverts et inscrits sur les registres du système planétaire. (Cela arrive encore de temps à autre, quand les premières observations n’ont pas été en nombre suffisant pour fixer d’une manière très sûre les élémens de l’orbite ; il y a, en ce moment, une vingtaine de ces astres qui manquent à l’appel.)

La grande diversité de forme et de situation de leurs orbites ouvre aux jeunes astronomes un champ d’exercices mathématiques, et soulève parfois des problèmes ardus. Pour arriver à déterminer leurs faibles masses, que l’on a pu tout au plus estimer d’après leur éclat, il faudrait pouvoir constater, par exemple, les perturbations mutuelles de deux astéroïdes passant assez près l’un de l’autre pour que leur attraction réciproque devint sensible à côté de celle du soleil. On s’est donc attaché à prédire les rapprochemens ou conjonctions physiques des astéroïdes ; mais les proximités dignes d’être notées sont assez rares, ou du moins elles ont lieu seulement entre les orbites, et non entre les planètes [1]. Peut-être qu’un jour le passage d’une comète à travers l’anneau des astéroïdes nous offrira un autre moyen d’apprécier la puissance d’attraction de ces pygmées. En revanche, les perturbations qu’ils éprouvent eux-mêmes de la part de Jupiter sont parfois très sensibles, et elles ont déjà servi (notamment celles de Thénis et d’Amphitrite) à vérifier la valeur de la masse de cotte planète, qui représente un peu moins d’un millième de la masse du soleil. L’une des trois planètes découvertes, au mois d’octobre dernier, par M. Palisa (elle a reçu le numéro 279 et le nom de Thulé) est particulièrement intéressante sous ce rapport, car sa distance moyenne (4,3) surpasse celle de tous les astéroïdes connus, et lui permet de s’approcher assez de Jupiter pour être très fortement troublée dans sa marche. Ce sont là quelques-unes des raisons qui nous font penser que la photographie, en facilitant beaucoup la recherche des petites planètes, ne servira pas uniquement à enfler la statistique du système solaire.

Une découverte infiniment plus intéressante serait cependant celle de la planète transneptunienne, qui n’a pas cessé de hanter l’imagination des astronomes. Rien ne prouve, en effet, que Neptune soit le dernier terme de la série des planètes qui gravitent autour du soleil. On sait que Le Verrier, en 1846, était parvenu à

  1. La plus courte distance des orbites de Thétis et de Bellone est évaluée à 30.000 kilomètres ; pour Clylie et Némésis, cette distance est de 115,000 kilomètres, et les deux planètes se trouveront à 950,000 kilomètres l’une de l’autre au mois d’août 1880 ; c’est deux fois et demie la distance de la Lune à la Terre.