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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/577

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attribuée : elles ne concernent qu’un petit nombre des risques ou des maux qui attendent d’homme ; contre le plus grave et le plus certain de ces maux, celui de la vieillesse ou des infirmités, elles ne promettent qu’une indemnité dérisoire. Ces mesures semblent avoir plutôt un objet politique qu’un but vraiment social : on veut dérober aux socialistes révolutionnaires leur clientèle. Comme toujours, le socialisme d’état croit apaiser le dévorant appétit de Cerbère par un simple gâteau de miel ; après l’avoir englouti, le monstre sent redoubler sa voracité trompée et inassouvie.


V

Après bien des études, des remaniemens, des résistances réelles ou simulées, le parlement allemand a adopté les deux premières parties de la trilogie du grand chancelier ; il va faire sans doute de même pour la troisième. La loi du 1er juin 1883 a organisé l’assurance obligatoire des ouvriers contre la maladie ; celle du 6 juillet 1884 a constitué l’assurance ouvrière obligatoire contre les accidens. Quoique arrivant la seconde seulement par le vote, celle-ci venait la première par la conception. L’accident professionnel est un des risques graves qui menacent, dans certaines industries, l’ouvrier et sa famille. Il ne faut pas, cependant, s’en exagérer la fréquence. Sur 3,470,435 ouvriers, qui ont été assurés suivant le nouveau système légal et qui représentent presque tous les gens occupés dans la grande industrie et dans les métiers dangereux, on en a compté 2,716 morts par accident et 7,834 atteints de blessures graves, soit 10,540 victimes ou une sur 329 ; quant aux morts, on en trouve il sur 1,277 : en évaluant à 33 ans ou 35 ans la durée moyenne de la vie de l’ouvrier de la grande industrie et des métiers périlleux, il y aurait pour chacun d’eux une chance sur 36 ou 38 de rencontrer la mort, et une chance sur 9 à 10 d’éprouver une blessure de quelque gravité. Comme une bonne partie des accidens sont dus, non pas à des cas fortuits, mais à des fautes et à des imprudences de la personne frappée, on peut diminuer pour les ouvriers prudens et attentifs ces mauvaises chances de moitié, de sorte que le risque pour eux de blessures graves dans toute leur carrière serait de 1 sur 20 et celui de mort, par suite d’accident, de 1 sur 70 ou 80. Dans certaines industries, ces risques sont toutefois beaucoup plus intenses et la prudence de chaque ouvrier considéré isolément a moins le pouvoir de les écarter : tel est le cas des mines. Sur 229,663 ouvriers employés dans les mines et les carrières en France, en I88ô il y a eu 325 morts et 900 blessés ; la plupart de ces blessures, il est vrai, ne comportant pas une