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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/571

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IV

La fixation par la loi des heures et parfois des modes de travail paraît encore à beaucoup de personnes une insuffisante intervention gouvernementale en faveur des ouvriers. La tutelle de l’état doit aller, dit-on, beaucoup plus loin. Il convient de protéger l’ouvrier contre tous les risques qui peuvent entraîner pour lui ou pour sa famille la gêne ou l’indigence : cela, d’ailleurs, serait fort aisé, par la généralisation d’un procédé, qui est connu depuis un grand nombre de siècles et où l’industrie privée a obtenu un succès croissant, notamment dans la dernière centaine d’années ; ce procédé, c’est l’assurance. Il offrirait le moyen certain de mettre les individus à l’abri des risques divers de perles, de ceux du moins de ces risques qui sont précis, peuvent être déterminés d’avance, ont un caractère en quelque sorte périodique, soumis qu’ils sont, sinon pour chaque individu isolé, du moins pour chaque groupe nombreux, à une loi de répétition et de régularité. Ce procédé consiste dans le calcul, à l’aide de l’observation et de l’expérience, de la fréquence des risques et dans l’imposition à tous les participais d’une cotisation, d’une prime ; l’ensemble de ces primes représente le sinistre total qui, selon les probabilités, frappera le groupe ; il doit, en outre, couvrir les frais d’administration et constituer une réserve pour les cas imprévus et les chances d’erreurs. L’humanité s’est avisée dès longtemps de l’excellence de cette méthode d’évaluer le total de certains risques précis pour tout l’ensemble d’un groupe d’hommes associés et de répartir à l’avance entre eux la perte de façon qu’elle soit aisée à supporter. Inventé par un auteur inconnu, à une époque indéterminée, sorti peut-être de l’instinct même des masses humaines, ce procédé a eu de lents et pénibles débuts ; puis, en vertu de la séduction qu’exercent sur la société les institutions utiles au fur et à mesure que le jour se fait sur elles et que le mécanisme en est compris, il s’est graduellement généralisé. Ce sont d’abord les couches élevées et intelligentes de la société qui l’ont mis en pratique ; puis les couches moyennes et peu à peu on y voit accéder spontanément les classes inférieures. Limité d’abord à quelques risques très simples, très généraux, il tend maintenant à en embrasser beaucoup d’autres. On veut l’étendre parfois à des risques très compliqués qui ne paraissent guère susceptibles de se plier à une organisation de ce genre, aux faillites par exemple ou aux vols, ou à la dépréciation des titres de bourse. En ce qui concerne l’ouvrier ou la famille ouvrière, un économiste allemand, M. Brentano, professeur à l’université de Strasbourg, n’indique pas moins de six assurances