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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/557

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assidu et minutieux à l’aiguille, l’irritation et la rougeur des paupières, l’intoxication des voies respiratoires et digestives par la poussière du blanc de plomb. On nous montrait aussi des tailleuses de cristal, toujours penchées sur leur roue, toujours les mains dans l’eau, aspirant des débris de verre. D’autres signalaient les travaux excessifs des couturières en chambre, des modistes, des lingères, les nuits passées à l’ouvrage, l’absence de toute relâche et de tout repos. La célèbre et émouvante chanson de la Chemise, cette naïve et touchante complainte anglaise, ne fut pas inspirée par les manufactures. Les observateurs du commencement ou du milieu de ce siècle, dans les contrées primitives, arrêtaient nos yeux sur les femmes remplissant, en grand nombre, en Silésie par exemple, le pénible état d’aide-maçon ; sur les jeunes filles travaillant comme les hommes aux terrassemens de chemins de fer dans les Landes, passant la nuit pêle-mêle avec les ouvriers sous des baraques provisoires. Les philanthropes qui se sont consacrés aux classes rurales ne sont pas, eux non plus, en peine de tableaux attristans : l’abandon à la maison de l’enfant au maillot par la mère qui vaque aux occupations du dehors, les tâches rudes et parfois malsaines comme le teillage ou le rouissage de lin et du chanvre, les occasions d’immoralité que fournit aux adolescens des deux sexes la promiscuité du travail des champs, les images grossières qu’excitent dans de jeunes esprits les choses de la campagne. La collection des Ouvriers des deux mondes foisonne de descriptions de ce genre. Il s’est fait, il y a vingt et quelques années, une grande enquête en Angleterre sur ces bandes agricoles, agricultural gangs, composées de jeunes gens et de jeunes filles pour la plupart, qui, sous la conduite d’un entrepreneur, parcourent les districts agricoles pour rentrer les récoltes. A l’en croire, ce serait là qu’on trouverait le maximum de l’immoralité et de la dégradation humaine. D’autres, au contraire, nous mèneront dans les faubourgs de Londres, nous feront entrer dans des maisons étroites et sordides où quelques hommes, quelques femmes et quelques enfans confectionnent sans discontinuer des vêtemens à bas prix, travaillant, allègue-t-on, quinze, seize et dix-huit heures par jour : c’est ce que l’on nomme le sweating system : la grande industrie et les machines sont innocentes de tous ces abus.

Mais ces abus que l’on a trouvés partout, dans tous les temps, au foyer domestique comme à l’atelier commun, sont-ils vraiment aussi généraux, aussi persistans, aussi cruels qu’on nous les dépeint ? Il faudrait, pour le croire, ignorer le tour d’esprit du philanthrope, de l’hygiéniste et du spécialiste. Celui qui, avec un cœur généreux, s’est consacré à l’étude de ce qu’il considère, comme une plaie sociale, qui y applique indéfiniment le microscope, finit