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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/527

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Si chaque franc assuré payait tant de centimes pour sa prime d’assurance, chaque franc de gain manuel et de salaire devrait payer autant de centimes que chaque franc de gain industriel ou commercial et que chaque franc de revenu mobilier ou foncier, c’est-à-dire plus d’un cinquième de franc, environ 21 centimes. — A ce taux, l’ouvrier qui vit du travail de ses mains, le manœuvre, le journalier qui gagne 1 fr. 15 par jour et travaille 300 jours par an, devrait, sur ses 345 francs de salaire, payer au fisc 69 francs. A ce taux, le paysan ordinaire, cultivateur de son propre champ, propriétaire d’une chaumière et de quelques morceaux de terre qu’il pourrait louer 100 francs par an, devrait, sur ses 445 francs de revenu foncier et de gain manuel, payer au fisc 89 francs [1]. A ce taux, et sur un si petit gain, le prélèvement serait énorme ; car ce gain, ramassé au jour le jour, suffit juste à faire vivre, et très mal, l’homme et sa famille ; si on lui en rognait le cinquième, on le condamnerait à jeûner, lui et sa famille ; il ne serait plus qu’un serf ou demi-serf, exploité par le fisc, son seigneur et

  1. Le chiffre de 1 fr. 15 pour la journée de travail manuel est une moyenne ; je l’ai tiré des statistiques fournies par les préfets de l’an IX à l’an XIII, notamment pour la Charente, les Deux-Sèvres, la Meurthe, la Moselle et le Doubs.