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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/479

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dent que les plus simples explications de gouvernement à gouvernement devaient effacer. Il y aurait eu plus de dignité, il n’y aurait pas eu moins d’efficacité.

Ce ne serait rien, si ce n’était qu’un incident fortuit ou passager. Mallieureusement il y a quelque chose de plus : c’est la mesure, c’est l’esprit politique qui manque en tout cela. On oublie que les affaires de diplomatie ne se traitent pas comme les affaires de parti ou de parlement, qu’il y a des traditions, des nécessités de discrétion, des règles protectrices qu’on ne déserte pas sans péril, et ce qu’il y a de plus curieux, c’est que cet oubli finit par être à peu près général. On en vient à trouver tout simple de divulguer des conversations, des négociations secrètes, des correspondances confidentielles. On a toujours de bonnes raisons : tantôt c’est pour la gloire d’un homme, tantôt c’est pour éclairer quelque partie de l’histoire. La curiosité peut être satisfaite ; il resterait à savoir si ces divulgations qui se multiplient n’ont pas plus d’inconvéniens que d’avantages. Certes, le livre que M. L.Thouvenel vient de publier sous ce titre : le Secret de l’empereur, et qui contient la correspondance particulière de son père, ancien ministre d’affaires étrangères, avec quelques-uns de nos ambassadeurs entre 1860 et 1863, ce livre est intéressant et curieux. L’homme qu’il fait revivre, M. Thouvenel, était un politique habile, clairvoyant et résolu qui a servi utilement la France. Cette crise des affaires d’Italie et de Rome, où il a eu particulièrement un rôle, est un drame aussi étrange que saisissant et par les intérêts qui sont en jeu et par l’indécision d’un souverain qui flotte entre toutes les idées, qui ne sait plus se tirer de la situation qu’il s’est créée. Mais enfin l’état, s’il y avait encore un état, devrait, il nous semble, êire le premier juge de ces publications qui touchent à des affaires presque contemporaines, qui peuvent avoir leur influence sur la politique du jour. Aujourd’hui, c’est une correspondance particulière sur Rome ; un autre jour, c’est le récit de quelque négociation plus récente, et le résultat est qu’il n’y a plus de diplomatie parce qu’il n’y a plus d’esprit de discrétion et de suite.

Depuis que ces affaires de Rome, toujours agitées dans les conseils secrets de l’empire, et toujours fuyantes, occupaient toutes les politiques, que d’événemens sont passés en Italie et en Europe ! Les hommes qui étaient alors sur la scène ont disparu. Maintenant, c’est le révolutionnaire de 1860, M. Crispi, qui est le premier ministre omnipotent du roi Humbert à Rome, et, si bien des questions d’autrefois sont résolues ou tranchées, les difficultés n’ont pas cessé d’exister. Elles sont d’une autre nature, elles ne sont pas moins sérieuses ; elles tiennent visiblement, en grande partie, à une politique d’alliances ambitieuses, d’extensions mal calculées et d’armemens démesurés, qui, en appauvrissant, en épuisant le pays, finit par le décourager et l’irriter. M. Crispi, en habile homme, a bien senti le danger d’une o ; ^-