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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/478

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dent que dans plus d’une circonstance il y a eu des fautes qu’on aurait pu éviter, qu’il y a eu des embarras, des inconséquences dont on aurait pu se garder. Assurément avec un peu plus de tact ou de prévoyance, on aurait pu s’épargner les ennuis de cette sorte d’émoi et de ces manifestations un peu effarées, qui se sont produits en pleine chambre à l’occasion du cosaque Atchinof, pour qui la « ligue des patriotes » s’est attiré des poursuites, qui a paru un moment tenir dans ses mains les relations de la France et de la Russie.

A quoi se réduit cet incident ? Atchinof, dont le nom a retenti plus d’une fois depuis quelques années, peut n’être qu’un aventurier ; c’est, dans tous les cas, un aventurier à l’àme ardente, à l’esprit entreprenant, qui a fait des prosélytes en Russie, qui a rêvé on ne sait quelle entreprise de colonisation militaire et religieuse, en pleine Abyssinie, parmi des populations qu’il s’est flatté de conquérir au tsar et à l’orthodoxie. Il a paru plus d’une fois inquiéter les Italiens à Massaouah : il ne pouvait guère inquiéter la France, maîtresse du poste d’Obock et peu Ijalouse de s’engager dans l’Abyssinie. Quoi qu’il en soit, Atchinof a récemment reparu dans la Mer-Rouge, avec une troupe de deux cents compagnons, cosaques, popes, femmes ou enfans entraînés à sa suite, et avant de pousser plus loin son aventure, il a eu l’étrange idée de s’établir sur une terre française, de se retrancher dans le petit fort de Sagallo en se couvrant d’un drapeau aux couleurs russes. Vainement il a été sommé par un croiseur français d’abattre un pavillon qu’il n’avait pas le droit de prendre et de quitter la place : il a résisté et il a été canonné ! Il y a eu malheureusement quelques morts et des blessés ; le reste de la troupe a été pris pour être ramené en Russie. Voilà le fait : il a éclaté, il faut l’avouer, comme un coup de foudre dans le ciel riant des relations de la France et de la Russie. Il est certain qu’on ne voit pas bien où était la nécessité de ce petit bombardement de Sagallo, de cette exécution sommaire, que si l’on eût attendu quelques heures, on en aurait fini de cette expédition avec le concours du gouvernement du tsar lui-même, et qu’on eût évité ainsi de froisser la nation russe ; mais enfin, puisque c’était fait, puisque le gouvernement russe s’était désintéressé de l’aventure d’Atchinof et ne pouvait avoir aucun doute sur les intentions de la France, ce n’était pas la peine de se troubler, de mettre une sorte d’obséquiosité dans les démonstrations auxquelles on s’est livré au Palais-Bourbon. On n’a pas vu qu’il y avait une certaine puérilité et même peu de dignité à ^avoir l’air de demander pardon pour quelques coups de canon, à voter des ordres du jour de réparation, comme si l’on voulait se hâter de désarmer les ressentimens de la Russie. On peut être tranquille, la Russie ne met pas sa politique à la merci d’un accident de force ou d’un ordre du jour de sympathie, elle consulte avant tout ses intérêts dans ses alliances, et ce que la chambre aurait eu de mieux à faire eût été de laisser passer un inci-