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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/474

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les radicaux, que tous les petits moyens et les petites répressions ne valent pas pour lui un acte comme celui par lequel il a signalé son avènement : l’abrogation pure et simple du décret qui fermait depuis trois ans à M. le duc d’Aumale les portes de la France !

C’était un acte de justice nationale, et s’il y a quelque chose d’extraordinaire, c’est que cet acte, après avoir tant tardé, ait soulevé non pas des contestations sérieuses, mais une de ces discussions oiî l’on dit quelquefois plus qu’on ne voudrait ou qu’on ne devrait dire. C’était une justice en même temps qu’une réparation qui était dans la pensée de tous. M. le président de la république, il faut lui en faire honneur, a été le premier à le sentir. Le dernier ministère radical lui-même ne s’était pas montré hostile à une mesure d’équité réparatrice, et on est étonné de la profondeur des réflexions auxquelles le dernier président du conseil s’est cru obligé de se livrer pour finir par ne rien faire. M. Floquet n’a pas caché qu’il avait eu plus d’une fois la pensée de mettre fm à l’exil de M. le duc d’Aumale. Malheureusement il a toujours eu quelque raison pour s’arrêter. Il aurait eu besoin, à ce qu’il paraît, d’une victoire électorale à Paris, au 27 janvier, pour se donner la force d’imposer l’acte le plus simple d’équité à ses amis les radicaux. Le nouveau ministère a eu du moins le mérite de ne pas tant réfléchir, de rendre à la France un prince qui par son passé, par les dons de son esprit, par son caractère, s’est placé en dehors de la politique, au-dessus des partis, qui appartient au pays, dont l’existence tout entière est pour ainsi dire une des originalités de notre temps. Destinée étrange en effet ! M. le duc d’Aumale, sans le vouloir, sans calcul, s’est fait, au milieu de nos révolutions et de nos conflits, une de ces positions que rien ne saurait atteindre. Prince, il s’est toujours montré soumis aux lois, à la volonté nationale, même quand il avait à subir des disgrâces imméritées. Soldat, il n’a jamais connu que son devoir et il a donné l’exemple de la discipline dans le rang comme dans l’éclat du commandement. Écrivain, il a été l’honneur des lettres par ses talens ; privilégié de la fortune, il a attaché son nom à une incomparable libéralité. Par ses goûts, par ses actions, par sa vie tout entière, il s’est identifié avec la France, avec l’Institut qui, lui aussi, apparemment représente un peu la France. Il est mêlé à tout ce qui fait notre force et notre honneur, il en est désormais inséparable.

Et si après cela quelqu’un est encore tenté de rappeler la lettre que le prince écrivait dans un mouvement de généreuse fierté qui fut le prétexte de son exil, si M. le ministre de l’intérieur lui-même se laisse aller à parler d’expiation, fût-ce en ajoutant qu’elle a assez duré, ce n’est qu’une faiblesse ou une confusion de plus. M. le ministre de l’intérieur avait été mieux inspiré en parlant de justice. M. le duc d’Aumale n’avait rien à expier, et si par hasard il avait eu à expier ce qu’on appelle une lettre « irrévérencieuse » écrite au président de la repu-