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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/444

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UN
PÈLERINAGE A DELPHES.




Novembre 1887.


Au bout de la plaine de Chéronée, presque au pied de la hauteur que domine l’ancienne acropole de Panope, le chemin fait un coude vers la gauche et l’œil aperçoit tout à coup, au fond d’une dernière vallée et découpée avec toute la précision d’un ajustement scénique, l’ouverture grandiose des défilés qui mènent à Delphes.

Delphes ! oui, c’est bien ainsi que, de loin, l’imagination se figurait l’entrée du sanctuaire des oracles, sans avoir prévu, peut-être, ce qu’a de saisissant cette vision révélatrice qui donne au voyageur l’intuition des mystères de la Grèce antique par un simple regard promené sur un bout d’horizon.

Entre deux pentes aux profils vigoureusement coupés, derniers contreforts de l’Hélicon et du Parnasse dont les massifs sinaïques,avec leurs guirlandes de nuées, remplissent le fond du tableau,s’évase le portail auguste qui sépare deux âges, deux génies, deux mondes.

Nous sommes au seuil de la mythologie. L’esprit le sent si bien qu’il ne peut se soustraire, quoi qu’il fasse, à cette sorte de frémissement inséparable de toute initiation qui va le transporter, ne fût-ce qu’un instant, dans une sphère d’idées et de sensations jusque-là inconnues.