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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/242

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M. Carew, et qui viennent de retentir dans le parlement, ce serait le signe d’une guerre implacable. Le fait est que cette terrible question, loin de se simplifier, se complique à chaque pas de difficultés nouvelles, de nouveaux incidens, et un des plus étranges de ces incidens est certainement l’histoire de cette commission d’enquête occupée à juger le cas de M. Parnell. Rien de plus curieux, en effet, que cette commission instituée pour se prononcer uniquement sur l’authenticité de lettres compromettantes qui sont attribuées au chef irlandais, qu’on n’a pu avoir que par des moyens équivoques de police et qui ont été publiées par le Times comme une révélation foudroyante pour M. Parnell. Qu’en est-il réellement ? On a beau appeler des témoins, multiplier les interrogatoires. Jusqu’ici on ne voit rien, si ce n’est que les lettres attribuées à M. Parnell ont été sûrement vendues par un intrigant assez louche, fort besogneux, qui les a fabriquées lui-même, — il vient de l’avouer, — et a surpris la bonne foi au moins imprudente du journal anglais. L’enquête a passé par toutes les péripéties. Elle va finir sans doute par l’aveu tardif du faussaire ; mais ce qu’il y a de plus bizarre, de plus caractéristique, c’est que cette commission qui n’a aucun caractère juridique, qui n’est chargée que d’une vérification, va coûter, à elle seule, au Times et à M. Parnell, quelque chose comme 3 ou 4 millions, ni plus ni moins ! La justice anglaise est décidément aussi simple que peu coûteuse : 3 ou 4 millions pour une enquête, c’est pour rien ! Et après cela, notez-le bien, on n’est pas au bout, on n’a fait qu’une constatation préliminaire. Et s’il est reconnu, — comme c’est désormais avéré, — que ces lettres si chèrement payées ne sont qu’une falsification, M. Parnell sortira victorieux de l’épreuve ; il n’en sera que plus puissant en Irlande, et la question restera plus que jamais un embarras pour le ministère. À dire vrai, elle est destinée à être une difficulté pour tous les ministères incessamment placés entre l’inutilité des répressions irritantes et le danger de livrer l’Irlande à elle-même, comme le propose M. Gladstone. De sorte que des deux questions dont parle le discours de la reine, l’une continue à peser de tout son poids sur le gouvernement, l’autre engage l’Angleterre dans des dépenses que la raison populaire n’acceptera peut-être pas facilement. Il y a de quoi préparer au parlement une session laborieuse.

Cette question des armemens ruineux, qui vient de faire son apparition en Angleterre, elle est la fatalité de tous les peuples qui vivent aujourd’hui en Europe. Personne n’y échappe : grands et petits états subissent l’inexorable loi, les uns parce que leur position leur fait une nécessité d’être prêts à toutes les luttes, les autres parce qu’ils craignent de disparaître dans les conflits de leurs redoutables voisins. Tout le monde sous les armes, c’est le mot d’ordre peu rassurant du jour ! Il n’y a qu’un pays où une parole de désarmement et de paix vient