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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/241

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de ses projets, ni sur l’importance des crédits qu’il demandera, ni sur les procédés financiers qu’il compte employer. Le fait n’existe pas moins.

Ainsi voilà l’Angleterre cédant à son tour à la fascination des armemens et regrettant presque de s’être laissé devancer, entrant comme les antres dans la voie des dépenses ruineuses ! Il se peut que le patriotisme britannique réponde à l’appel qui lui est adressé, et que le parlement vote ce qu’on lui demandera pour l’Angleterre, pour sauvegarder les intérêts qu’elle a dans toutes les mers, sur tous les continens, aussi bien que pour assurer son ascendant dans les crises éventuelles de l’Europe. Ce sera l’affaire de M. Goschen, dont les armemens nouveaux vont troubler quelque peu les combinaisons financières. Il se peut aussi qu’avant d’aller plus loin on veuille savoir quelles circonstances mystérieuses motivent ce grand effort, un recours à une élévation de l’income-tax ou à l’emprunt, quels engagemens auraient été pris au nom de l’Angleterre et quel rôle on lui réserve dans les complications du monde. C’est possible, d’autant plus que la politique de lord Salisbury paraît depuis quelque temps un peu énigmatique, et que l’opinion, sans être hostile à l’Allemagne, ne voit pas sans défiance ou sans quelque malaise les affaires de Zanzibar, de Samoa, où l’Angleterre semble à demi asservie aux desseins et aux intérêts allemands. En réalité, l’appel que le ministère adresse, par la voix de la reine, au pays, touche à toute la politique extérieure de l’empire britannique, et le sentiment qui paraît prédominer est qu’il n’y a certainement rien à refuser de ce qui peut assurer l’influence de l’Angleterre, mais qu’il n’y a rien à donner au luxe des armemens superflus et ruineux. Le ministère est exposé à rencontrer, jusque dans son propre parti, des dissidences, peut-être même une opposition assez vive.

L’autre question destinée à soulever longtemps encore des discussions passionnées dans le parlement et à reparaître avant peu, c’est toujours l’état de l’Irlande. Le ministère conservateur, il est vrai, reste plein de confiance, et la reine vient de déclarer pour lui dans son discours que les mesures adoptées pour rétablir l’ordre en Irlande ont eu, « sans qu’on en puisse douter, des résultats bienfaisans. » Malheureusement la réalité n’est pas toujours d’accord avec l’optimisme officiel, et M. John Morley, qui s’est chargé de reprendre le débat par un amendement à l’adresse, prétend prouver que la pacification n’est qu’un mot, que l’administration de l’Irlande est cruelle et oppressive, qu’elle aliène encore plus les Irlandais et répugne au peuple anglais. La motion de M. John Morley, même avec l’appui de M. Gladstone, n’a vraisemblablement aucune chance de succès. La situation ne reste pas moins violente et précaire. N’y eût-il que ces duretés inutiles qui ont atteint récemment des prisonniers comme M. O’Brien,