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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/236

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de cette situation. Elle est terne, banale et inoffensive. Elle promet une politique sage, tolérante et libérale, — la politique de l’exposition. Elle a un mot pour désarmer les épurateurs à outrance en intimidant les fonctionnaires trop tièdes, un mot contre les conspirateurs, un mot pour l’union des républicains, un mot pour l’ordre et la liberté. On en prendra ce qu’on voudra.

Au fond, dans cette déclaration sans caractère et dans la composition même de ce ministère d’expédiens, on pourrait peut-être démêler deux idées fixes, deux obsessions. La première préoccupation est d’éviter les chocs, tout ce qui pourrait conduire à des conflits avec la chambre, et par suite à la nécessité d’une dissolution prématurée, de tout subordonner à l’Exposition, dont le succès est en effet un intérêt de premier ordre pour la France. Il est certain qu’une crise qui sera nécessairement agitée, dont l’issue est incertaine, dont les conséquences sont encore imprévues, ne serait pas sans péril dans un moment où Paris va devenir le rendez-vous du monde, et qu’il peut y avoir quelque prévoyance à se réserver, si l’on peut, une trêve, tout au moins à ne rien précipiter. C’est une raison qui a sa valeur. L’autre idée, c’est qu’à tout prix, fût-ce par des concessions et des ménagemens infinis, on doit obtenir de la chambre, telle qu’elle est, le budget de 1890. Ce que sera la chambre nouvelle, on ne le sait pas. Avec le budget de la prochaine année, complétant le budget courant, on n’est pas pris au dépourvu, on a de l’espace ; on ne risque pas d’être réduit aux dernières extrémités en présence d’une assemblée nouvelle et des circonstances extraordinaires qui pourraient se produire. C’est encore possible, c’est la seule explication d’un ministère condamné d’avance à une neutralité effacée et impuissante. Soit ; mais ce serait une bien étrange illusion de se fier à ces petits calculs, de croire que l’Exposition peut avoir la vertu magique d’endormir les malaises et les révoltes d’opinion, de suspendre ou de détourner un mouvement persistant et croissant depuis quelques années, — qu’on peut suppléer par des expédiens ministériels et des diversions à la politique réparatrice qui seule aurait pu tenir tête à une agitation redoutable. Ce qui serait bien plus chimérique encore, ce serait de se figurer qu’une chambre décriée, ruinée dans son autorité morale, presque dans son autorité légale, peut entrer en lutte avec le pays, entreprendre, avec ou sans le concours du gouvernement, une sorte de guerre de défiance contre l’opinion, contre le suffrage universel. C’est cependant ce qu’on a l’air de vouloir essayer depuis quelques jours, sous prétexte de combattre un homme dont les républicains eux-mêmes ont fait la popularité et la fortune.

On a commencé par le scrutin d’arrondissement, dont on a voulu faire une arme pour se défendre ; mais cela ne suffit plus, et, maintenant, c’est à qui découvrira les moyens les plus ingénieux, les plus