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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/234

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à l’impuissance ou à la timidité de ses adversaires plus ou moins dissimulés de la chambre, il s’est figuré dans sa jactance un peu naïve qu’il allait réussir jusqu’au bout, qu’il était décidément le ministre prédestiné de la république. Il s’est cru un grand tacticien et un habile diplomate en réunissant dans un même programme le scrutin d’arrondissement qu’on lui demandait et la revision qu’on ne lui demandait pas. C’était là l’illusion, l’infatuation d’un politique à courte vue, allant tout droit trébucher dans un piège. On a bien accepté de M. Floquet le scrutin d’arrondissement dont on croyait avoir besoin ; le jour où il a réclamé la revision, en mettant son existence ministérielle pour enjeu, on lui a répondu par un ajournement indéfini. C’était là qu’on l’attendait ; mais ce qu’il y a de plus curieux, ce qui donne une couleur presque comique à cette fin du ministère de toutes les suffisances et de toutes les impuissances, c’est que le coup fatal lui a été porté par le moins sérieux et le plus bruyant des radicaux, par le plus excentrique des irréguliers du Palais-Bourbon, M. de Douville-Maillefeu. M. Floquet, exécuté par M. de Douville-Maillefeu, le spectacle est complet ! Le ministère est mort sur le coup de ce vote improvisé du 14 février ; à parler franchement, il était déjà plus qu’à demi mort de l’élection du 27 janvier, de cette manifestation parisienne pour le général Boulanger, que le gouvernement avait sûrement contribué à préparer par ses maladresses et ses défis, qui est aussi, à n’en pas douter, la suite, l’expiation de dix années de règne républicain.

C’était donc fait ! Il était mort, ce ministère Floquet, de la main légère de M. de Douville-Maillefeu, l’auteur de la proposition d’ajournement. Comment allait-on le remplacer ? Ah ! c’est ici qu’on entre dans la région des subtilités, des artifices, des équivoques et des ombres. Évidemment, dans le vote qui venait de renverser M. Floquet, pas plus que dans la composition d’une chambre épuisée et usée par les divisions, il n’y avait aucune indication précise et utile pour former un ministère parlementaire. Il ne restait donc qu’à écarter toutes les fictions, à interroger librement les faits et l’intérêt supérieur du pays, à dégager de cette vaste confusion la vérité vraie de la situation, et cette vérité, elle est évidente, elle éclate en traits saisissans. Quel est le danger aujourd’hui ? C’est cette menace de réaction dictatoriale née du mouvement universel, irrésistible d’une nation fatiguée, déçue, égarée et irritée. Qu’est-ce qui a créé, préparé ce mouvement qui, en réalité, résume toute la situation ? Il n’y a pas à s’y tromper, toutes les hâbleries radicales n’y peuvent rien ; c’est la fausse et malfaisante politique de parti ou de secte qui, depuis dix ans, trouble les intérêts, agite les consciences, désorganise tous les ressorts de gouvernement et a fini par précipiter le pays vers le premier mirage d’un pouvoir fort, personnifié dans un homme dont l’unique titre est de promettre un changement. Voilà qui est clair ! Quel était