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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/98

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coûtèrent 4,500,000 francs. Il remettait en outre à un comité de Trustees une somme considérable, dont le revenu suffisait à assurer l’avenir de sa fondation.

Il en posait la première pierre le jour même où il atteignait sa quatre-vingtième année, et, dans un discours qui fut le testament de cet homme de bien, il rappela en peu de mots son enfance négligée, les épreuves de son adolescence, les succès de son âge mûr et ses rêves d’enfant réalisés par un vieillard. « Quand j’étais jeune, dit-il, — il y a bien longtemps de cela, — nos écoles étaient rares et pauvres. Ce que j’appris, je l’appris seul, à Kidderminster d’abord, ma ville natale, puis à Birmingham, ma ville d’adoption, où se sont écoulées soixante années de ma vie. Enfant, j’ai dû faire bien des métiers pour gagner ma subsistance. J’ai vendu des petits pains dans les rues, puis j’ai été garçon de bureau, cordonnier, commis, tisserand. A trente ans, pour toute fortune, je possédais 20 livres sterling (500 fr.), péniblement économisées. Je vous dis cela pour montrer à ceux qui m’écoutent qu’il ne faut jamais se lasser. Dieu a béni mes efforts ; il m’a fait riche. Il est naturel et équitable que je consacre la plus grande partie de ces richesses que je lui dois à procurer aux autres les moyens de réussir, d’acquérir l’instruction qui m’a manquée. Toute ma vie j’ai souhaité, ambitionné, de réaliser ce rêve. Fasse le ciel que mon œuvre soit utile et prospère et, qu’à défaut d’enfans qu’il m’a refusés, il me soit donné de contribuer à aplanir les voies des générations futures ! »

Interprète des sentimens d’une population reconnaissante, la reine Victoria conférait au petit-fils du tisserand de Kidderminster le titre de baronnet, et, par égard pour son grand âge et sa modestie, l’exemptait de l’étiquette du cérémonial usité et de la présentation à la cour.


V

Ce que Josiah Mason fit pour le commerce de Birmingham, sir John Brown le fit pour celui de Sheffield. Ces deux villes leur sont redevables de leur industrie locale et d’une incomparable prospérité. Si Sheffield se vante d’être, comme elle l’est en effet, the first smoke producing city of the Kingdom, la ville d’Angleterre qui produit le plus de fumée, « la ville infernale, comme la décrit Charles Reade, où l’eau est noire comme l’encre et l’atmosphère couleur de suie, » elle doit en grande partie cet inestimable privilège à sir John Brown. Mais elle lui doit aussi une activité commerciale