Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/954

Cette page n’a pas encore été corrigée


suspensif. Ce sera un honnête et inutile conseil consultatif. Et c’est cependant pour cela, pour la réalisation de cet idéal constitutionnel d’un radicalisme louche, qu’on met tout en question, que le gouvernement lui-même se met à l’œuvre ! Ainsi le pays réclame de toute la force de ses instincts la paix intérieure et la stabilité : on lui offre une série d’agitations et d’expériences dont personne ne peut prévoir l’issue. Depuis dix ans, la cause évidente, palpable, de toutes les incohérences parlementaires, de tous les désordres financiers, de l’anarchie législative, c’est l’usurpation progressive d’une chambre aussi présomptueuse qu’ignorante, qui n’a cessé de se mettre en dehors de la constitution, qui a voulu toucher à tout sans savoir rien faire : c’est le sénat qu’on prétend punir et réduire à l’impuissance, pour laisser toute liberté à l’omnipotence d’une assemblée anarchique, selon l’idéal des radicaux. M. Floquet est décidément un grand politique, qui voit le mal et qui sait trouver le remède : le voilà satisfait, il va en avant ! Le malheur est que M. Floquet, en se flattant d’aller toujours en avant, finit le plus souvent par ne plus savoir où il va ni ce qu’il fait, dans l’administration aussi bien que dans la politique. La faiblesse du chef du cabinet et de ses collègues radicaux comme lui est de jouer légèrement avec tout, de tout ébranler ou de tout désorganiser, même quand ils ont quelque bonne intention. M. le président du conseil ministre de l’intérieur a cru probablement s’illustrer par une sage mesure, en faisant signer récemment par M. le président de la république un décret réglementant le séjour des étrangers en France. Le fait est qu’il n’a peut-être réussi qu’à compromettre la bonne renommée libérale et hospitalière de la France par une minutieuse réglementation d’une légalité douteuse, d’une application difficile, d’un caractère toujours plus ou moins vexatoire. Le gouvernement, si l’on veut, n’a rien fait de bien extraordinaire, rien surtout qui ne soit en usage dans beaucoup d’autres pays. Il a ses devoirs de surveillance à l’égard des étrangers, il peut les remplir comme il l’entend sous sa responsabilité : il est déjà armé pour cela d’une faculté d’expulsion. Au-delà a-t-il réellement le droit de décréter de sa propre autorité des règlemens nouveaux en leur donnant pour sanction une pénalité ? C’est au moins une question. Et quand ce ne serait pas une question, il est évident qu’on se met dans l’alternative de laisser sommeiller cette législation méticuleuse ou de se préparer d’innombrables embarras. On saura éviter les difficultés, dit-on ; on distinguera entre les étrangers qui ne demandent à la France qu’une hospitalité passagère, et les étrangers qui entendent établir leur résidence dans notre pays ; mais c’est précisément cette distinction tout arbitraire qui est souvent difficile, délicate, et qui doit l’être encore plus, loin de Paris, avec des autorités quelquefois peu éclairées. La vérité est que M. le président du conseil a eu une bonne intention peut-être, mais qu’il a pris une