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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/953

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C’est bien simple. M. le président du conseil, en sa qualité de ministre républicain et radical, a sa manière d’être un gouvernement d’opinion. — L’opinion se manifeste dans un sens, elle est pour la sécurité et la paix, pour la stabilité constitutionnelle : M. Floquet va dans le sens opposé, il est pour les agitations, pour les expériences nouvelles : il a mis la révision dans son programme, il ne saurait se démentir ! Il en est depuis quelques jours déjà à préparer sa campagne pour la session qui s’ouvre. Il laisse M. Carnot aller se promener à Lyon ; il a, quant à lui, ses séries de réceptions, de dîners politiques où il réunit ses amis les radicaux et même quelques autres républicains de bonne volonté, pour les entretenir de ses projets, des grandes combinaisons qu’il médite, de ses tactiques avec les partis. M. le président du conseil ne paraît pas, il est vrai, rencontrer un assentiment unanime, même parmi ses amis les radicaux, à plus forte raison parmi les autres républicains. On lui objecte que lorsqu’on aura réuni le congrès de révision, si on arrive à le réunir, il sera difficile de limiter ses pouvoirs, qu’on ne pourra pas l’empêcher, par exemple, de décider la convocation d’une assemblée constituante, que c’est dès lors ouvrir une ère d’agitations indéfinies dont le seul résultat peut être de précipiter la crise de la république en aggravant les mécontentemens du pays. — M. Floquet ne se laisse pas ébranler pour si peu. Il n’est pas homme à reculer, à craindre d’aller en avant. Aller en avant, c’est son système et son mot d’ordre !

Quelle est cependant cette révision que M. le président du conseil prépare, qu’il semble décidé à présenter aux chambres dès leur réunion ? Comment entend-il engager cette belle opération et régler la marche ? Il y a évidemment ici des calculs de tactique dont on n’a pas encore tout le secret. M. Floquet, à ce qu’il semble, veut avoir son projet, prendre une initiative pour ne pas se laisser devancer, pour ne pas se confondre avec les autres révisionnistes. Il ne veut pourtant pas trop se hâter, ni laisser brusquer une action décisive ; il lui suffit provisoirement d’avoir l’air de vouloir faire quelque chose, de se donner une attitude de réformateur devant le monde ! Il compte visiblement sur les radicaux, et même sur la faiblesse de quelques autres républicains, pour l’aider à jouer ce jeu. Quant au fond, ce qu’il y a de plus clair jusqu’ici, c’est que le sénat serait encore une fois destiné à payer les frais de la prétendue révision de M. Floquet, s’il consentait à l’opération qu’on lui prépare. — Oh ! sûrement, on ne veut pas le supprimer, on lui laissera, dit-on, un rôle considérable. On se bornera à lui enlever le droit de dissolution, sans donner, bien entendu, ce droit au président de la république. On débarrassera tout au plus le sénat de la plupart de ses attributions financières et législatives qui gênent le travail parlementaire en entravant l’action féconde de l’autre chambre ; on lui accordera peut-être en retour un bon droit de veto