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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/945

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Et l’Hôte intérieur qui parlait de la sorte,
Au gouffre ouvert de l’âme et des temps révolus
Évoqua lentement, dans leur majesté morte,
Les apparitions des Dieux qui ne sont plus.

Et l’Homme se souvint des jours de sa jeunesse,
Des heures de sa joie et des tourmens soufferts,
Saisi d’horreur, tremblant que le passé renaisse,
Et, forçat libre enfin, pleurant ses premiers fers.

Comme un blême cortège, à travers la nuit noire,
Les Spectres immortels, en un déroulement
Multiplié, du fond de sa vieille mémoire
Passèrent devant lui silencieusement.

Or, il vit Ammon-Râ, ceint des funèbres linges,
Avec ses longs yeux clos de l’éternel sommeil,
Les reins roides, assis entre les quatre singes,
Traîné par deux chacals sur la nef du soleil ;

Puis, tous ceux qu’engendra l’épais limon du Fleuve :
Thoth le Lunaire, Khons, Anubis l’Aboyeur,
Qui pourchassait les morts aux heures de l’Épreuve,
Isis-Hathor, Apis, et Ptâh le Nain rieur ;

Puis, Ceux qui, fécondant l’universelle fange
Par le souffle vital et la vertu du feu,
Firent pleuvoir du ciel les eaux saintes du Gange
Et de la Mer de lait jaillir le Lotus bleu ;

Et tous les Baalim des nations farouches :
Le Molok, du sang frais de l’enfance abreuvé,
Halgâh, Gad et Phégor, et le Seigneur des mouches,
Et sur les Khéroubim le sinistre Iahvé ;

Et, près du Tsébaoth, les Aschéras phalliques,
Et le squammeux Dahak aux trois têtes, dardant,
Telles que six éclairs, ses prunelles obliques,
Un jet de bave rouge au bout de chaque dent ;