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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/938

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leurs contributions. Or, à Athènes, le capital était plus productif que chez nous. En France, le taux des fermages, pour les terrains de première catégorie, est d’environ 3 1/2 pour 100 ; en Attique, le rapport ordinaire entre la valeur vénale de la terre et le prix de fermage était de 8 pour 100. L’industrie donnait couramment un bénéfice net de 8 à 9 pour 100, qui dépassait même 12 pour 100 dans les exploitations minières. Quant à l’intérêt de l’argent, il variait entre 10 et 18 pour 100, et, s’il y avait des risques, comme dans les prêts maritimes, il montait jusqu’à 30 pour 100. L’eisphora aurait donc pu, sans trop d’inconvéniens, être le double ou le triple de ce qu’est l’impôt sur le capital dans les sociétés modernes, d’autant plus que les impôts indirects étaient fort légers.

En 428, quand on l’établit, elle n’entrait que pour un huitième dans le budget total des recettes. Cette proportion ne dut pas beaucoup changer ultérieurement ; car, si jamais on demanda plus de 200 talens au capital, il ne faut pas oublier que les tributs des alliés suivirent une progression parallèle. Plus tard, au moment des désastres et des défections, lorsque cette source de revenus tarit, le déficit ne fut pas comblé par le seul accroissement de l’eisphora ; on créa peut-être aussi des taxes nouvelles sur les marchandises. Après la paix, et durant tout le cours du IVe siècle, l’impôt sur la fortune ne fut perçu qu’à des intervalles parfois assez longs, et toujours par petites sommes. Dans les vingt années qui succédèrent à la réforme de 378, on leva en tout un peu plus de 300 talens (1 million 768,000 fr.). Soixante talens étaient, semble-t-il, le chiffre normal. Démosthène, en tout cas, assure que les Athéniens n’auraient point consenti à en payer 500 de ce chef. Or, à cette date, le budget oscillait entre 1,500 et 1,600.

C’est une opinion assez répandue parmi les économistes que l’impôt sur le capital doit être modéré, et fournir seulement une faible portion des ressources fiscales. Il serait absurde, d’après eux, « d’en faire une des branches principales du revenu de l’état. » l’eisphora parait, au premier abord, avoir ce caractère ; elle paraît bien être « ce bouche-trou, cet en-cas [1], » qui a pour but de subvenir aux besoins accidentels du trésor par un supplément passager de recettes. Mais ce n’était là, d’autre part, qu’une des charges qui atteignaient directement le capital. Celui-ci était encore tenu aux prestations fort dispendieuses des liturgies. L’état athénien avait pour principe de rejeter sur les particuliers certaines dépenses qui lui incombaient. Fallait-il célébrer une fête, représenter une tragédie, régaler la multitude dans un banquet gratuit,

  1. P. Leroy-Beaulieu, Traité de la science des finances, I, 219.