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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/935

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contre eux ; ils inspiraient au peuple une véritable colère, et on allait jusqu’à les traiter de voleurs. Très souvent leurs biens étaient confisqués et vendus aux enchères. Le plaidoyer de Démosthène contre Androtion abonde en détails curieux sur les rigueurs que déployaient les agens des poursuites. 0a en voyait qui s’introduisaient dans les maisons, accompagnés de ces commissaires de police qu’on appelait les Onze ; non contens de saisir le mobilier, ils arrêtaient les citoyens eux-mêmes et les traînaient en prison, à moins que les malheureux ne parvinssent à se cacher sous les lits ou à s’enfuir sur les toits. L’orateur condamne avec force ces excès, et les déclare illicites ; mais celui qui les commettait n’en était point puni. En revanche, l’homme qui se hâtait de porter son argent au percepteur méritait par là un utile certificat de civisme ; et s’il lui arrivait plus tard d’avoir quelque méchant procès, il n’oubliait pas de rappeler au jury telle circonstance où il avait été « un des premiers » à verser l’eisphora.

En 378, cette organisation fut profondément modifiée. Une institution nouvelle naquit alors, celle des symmories. Dans chacune des dix tribus, on choisissait 120 citoyens parmi les plus riches ; on les divisait en deux groupes, et chaque groupe de 60 noms était une symmorie ; il y en avait 20 pour la cité entière, avec un effeclif de 1,200 personnes. Tout ce travail de classement était confié aux stratèges. Un certain chiffre de cens, probablement le cens liturgique de 3 talens, était exigé des symmorites. Comme il est douteux qu’il y eût toujours une concordance parfaite entre ce nombre de 1,200 et le nombre des Athéniens à 3 talens, on devait, selon que ceux-ci étaient trop ou trop peu, exclure des groupes quelques citoyens assez riches pour y entrer, ou, au contraire, les ouvrir à des citoyens d’un cens moindre. Quant à la masse des contribuables, on les rattachait apparemment à ces divers cadres d’après la tribu dont ils étaient membres. Chaque symmorie représentait, j’imagine, un capital imposable d’égale valeur, c’est-à-dire le vingtième des 6,000 talens qui constituaient le timèma de l’Attique entière. Par suite, dans toute eisphora, chacun aussi était taxé au vingtième de la somme à percevoir ; puis, la répartition se faisait dans l’intérieur des différentes sections. Le président de la symmorie avait-il dans tout cela un rôle actif ? On serait porté à le croire. Mais Démosthène eut ce titre pendant sa minorité, et il faudrait supposer que ses attributions furent exercées en son nom par ses tuteurs. Ce système fut peut-être bien ordonné au début ; à la longue, deux causes tendirent à le vicier. La richesse publique de l’Attique ne demeura pas stationnaire, et le chiffre primitif de son timèma cessa tôt ou tard d’être exact. Il eût fallu, par