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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/931

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Par malheur, rien de tout cela ne se rencontre dans les documens. Nulle part on n’aperçoit que le cens minimum de la première classe fût de 12 talens, ni qu’il fût de 6 pour la deuxième, ou de 2 pour la troisième. Tout ce qu’on est en droit d’affirmer, c’est qu’un citoyen riche de 15 talens, comme Démosthène, figurait dans la première, et que la catégorie immédiatement inférieure ne descendait pas au-dessous de 3 talens. Quant à l’échelle des proportions, nous n’en connaissons que le degré supérieur, et on a vu que là le taux était de 20 pour 100. Pour prétendre que le second était de 16 pour 100, on s’est appuyé sur un texte d’où il résulte que ce taux était celui des étrangers ; mais pourquoi veut-on qu’il y en ait eu un pareil pour les citoyens ? Peut-être les contribuables du dernier degré n’étaient-ils inscrits qu’à raison du dixième de leur avoir. On nous raconte que les habitans de la colonie athénienne de Potidée, ayant voté une eisphora, attribuèrent aux plus pauvres une valeur imposable de 200 drachmes. Si l’on se rappelle, d’autre part, qu’à Athènes la classe la plus infime comprenait les hommes qui ne possédaient pas 2,000 drachmes, on trouvera peut-être dans le rapprochement de ces deux faits un argument à l’appui de l’opinion que j’énonce.

Y avait-il des citoyens que l’eisphora épargnait, comme jadis les thètes ? On pourrait induire d’une ligne d’Isocrate que les 1,200 individus dont l’avoir égalait au moins 3 talens y étaient seuls astreints. Cet auteur, en effet, a l’air dans ce passage d’identifier ceux qui supportent l’impôt sur le capital, et ceux qui ont le cens exigé pour les charges liturgiques. Mais, visiblement, il ne parle ici que des hommes sur qui pèse à la fois ce double fardeau, et il est possible que d’autres, moins fortunés, n’aient eu à subir que le seul fardeau de l’eisphora. Le langage de Démosthène serait souvent inintelligible, si la taxe n’avait frappé que 1,200 riches. Dans ses discours politiques, il développe sans cesse cette idée que les circonstances commandent aux Athéniens de servir eux-mêmes dans l’armée et de s’imposer des sacrifices d’argent. « Il faut, dit-il, vous appliquer à la guerre en y contribuant de vos deniers, et en prenant une part personnelle aux expéditions. » — « Montrez que vous avez changé de résolution par votre zèle à verser l’eisphora. » — « Puisque les recettes du budget se gaspillent en fêtes, il ne vous reste plus qu’à décréter une taxe sur chacun de vous. » Ces exhortations s’adressaient à l’assemblée du peuple, où les riches étaient en petite minorité, et il est clair que la foule se serait rangée plus vite à son avis, si la majorité qui décidait n’avait rien eu à payer. D’ailleurs, on trouve parfois la mention d’individus pauvres qui ont été soumis à cet impôt et qui ensuite ont eu beaucoup de mal à se libérer.