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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/92

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qu’encore d’assez mauvaise grâce, à la pression de l’opinion publique, se décida tardivement à l’élever au rang de baronnet.


IV

En tout temps et en tout pays, on a tenu en pitié le sort des inventeurs. Et, de fait, il semble que la fortune prenne à tâche d’épuiser sur eux ses rigueurs. Pour quelques-uns qui, plus vaillans, la domptent, combien succombent à la tâche ! La liste est longue de ceux qui ont légué à des successeurs habiles d’admirables découvertes qu’ils n’ont pu ou su exploiter eux-mêmes ; dans cet interminable martyrologe que de noms oubliés, inconnus ! La civilisation n’est pas tendre pour ceux qui la devancent, et les pionniers qui tracent la voie ont souvent même sort, qu’il s’agisse d’ouvrir à l’activité humaine un continent nouveau ou de lui fournir d’autres et plus puissans moyens d’action.

De même que toute vérité nouvelle, politique, philosophique ou morale a contre elle ceux qui vivent de l’erreur, et le nombre en est grand, les sectateurs de la routine industrielle s’accommodent mal de changemens qui, contrariant leurs habitudes, les contraignent à modifier, avec leurs procédés, leur outillage, et, non contens de secouer leur inertie, leur imposent des déboursés qu’ils savent immédiats, en vue de bénéfices qu’ils estiment problématiques. Puis les facultés qui distinguent l’inventeur sont diamétralement opposées à celles qui caractérisent le manufacturier. L’ardeur et l’impatience de l’un sont antagonistes à la sagesse et à la prudence de l’autre. Un inventeur américain, qui possède aujourd’hui deux fois plus de millions qu’il ne compte d’années d’existence nous disait un jour : « Même dans notre pays de go ahead, d’audace et de progrès rapides, j’ai eu moins de difficultés à découvrir les procédés nouveaux auxquels je dois ma fortune qu’à les faire accepter par les plus intéressés à les exploiter. »

Aussi est-il rare de rencontrer un inventeur enrichi par ses découvertes. Bon nombre, après avoir végété dans la misère, ont fini leurs jours dans une maison de santé ou dans un cabanon de fous, aigris par les déboires, exaspérés par cette lutte redoutable entre l’idée juste et la résistance routinière. En revanche, leur succès, quand, ils réussissent au prix d’efforts inouïs, est-il en proportion de l’énergie dépensée. Sir Henry Bessemer en est un exemple ; sir Josiah Mason en fut un autre.

Il naquit à Kidderminster, le 23 février 1795. Son grand-père était tisserand, son père ouvrier dans une fabrique. La famille vivait pauvrement, et de bonne heure Josiah dut se rendre utile. Il débuta