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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/916

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peu probable que Solon ait accompli une réforme de ce genre. Il faudrait néanmoins l’admettre, si des documens précis l’attestaient. Le malheur est que les textes se taisent tous sur ce point. Il y a dans un grammairien du bas-empire, appelé Pollux, un passage assez obscur d’où l’on peut à la rigueur extraire un système analogue à celui de Böckh. Mais l’auteur ne dit pas que l’impôt dont il parle ait existé dès le temps de Solon ; il dit simplement qu’il existait à Athènes, sans spécifier la date ; et il a pu être d’une origine plus récente. Il est vrai que Plutarque fait remonter jusqu’à Solon les classes censitaires que mentionne Pollux ; mais il n’établit aucun lien entre cette organisation et le mode de répartition de l’impôt. Il ne se contente pas de garder le silence sur ce dernier point ; il explique quel fut l’objet véritable des classes. Le législateur voulut proportionner les droits politiques à la richesse, et les diverses catégories de citoyens ne furent rien de plus que des listes de notabilités analogues à celles de l’an VIII. L’hypothèse de Böckh a donc contre elle la vraisemblance, et elle n’a point pour elle les documens. Il convient dès lors de l’écarter, malgré l’autorité qui s’attache au nom de cet érudit.

En réalité, l’impôt foncier de Solon fut une sorte de dîme. Ce procédé, on le sait, est un des plus anciens qu’on ait inventés pour taxer les propriétaires. Tous les peuples ont passé par là, et il en est même qui n’ont jamais franchi cette première étape. Les Athéniens la traversèrent comme tout le monde. Une contribution de cette espèce offre de grandes commodités de perception. En outre, dans la Grèce primitive, le numéraire était rare, si bien que les prix de fermage se payaient alors en nature. Ce fut pour obéir à la même nécessité que l’on donna à l’impôt la forme d’une dîme prélevée sur les fruits. Cette assertion n’est pas une pure conjecture. Sous les Pisistratides, c’est-à-dire pendant une bonne partie du VIe siècle, le trésor ne fut alimenté que par une dîme de 5 pour 100 sur les produits du sol. Thucydide, qui nous fournit ce renseignement, semble, il est vrai, opposer en cet endroit le régime nouveau au régime antérieur. Mais l’innovation put venir tout aussi bien du fait d’avoir réduit la taxe que du fait de l’avoir créée. « Les tyrans, dit l’historien, s’approprièrent seulement le vingtième des récoltes ; pour tout le reste, ils maintinrent les institutions anciennes, » Ce texte, visiblement, comporte deux sens différens, et l’on a les mêmes raisons de croire que Pisistrate allégea les charges des citoyens, ou qu’il substitua la dîme à quelque autre impôt solonien. J’ajoute que, s’il demanda tout à la dîme, c’est parce qu’elle existait avant lui. Le système fiscal de Solon, tel que le décrit Böckh, eût été beaucoup plus favorable à ses intérêts, puisqu’il exemptait les pauvres, et qu’il permettait, par son tarif à base