Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/853

Cette page n’a pas encore été corrigée


complétée par la décentralisation politique, c’est-à-dire par l’accroissement du pouvoir des conseils de département, d’arrondissement et de commune. Le conseil-général représente la souveraineté locale, le préfet représente, par délégation, la souveraineté nationale ; quand ces deux autorités sont d’accord, et c’est le cas le plus fréquent, aucune autre ne doit prévaloir contre elles ; il en est de même du sous-préfet et du conseil d’arrondissement. On peut aussi accorder aux votes de ces diverses assemblées une force exécutoire d’autant plus grande qu’ils auront été émis par les deux tiers, par les quatre cinquièmes, par l’unanimité de leurs membres.

Quelles seront les limites de l’autonomie départementale ? Songez-vous, dira-t-on, à créer quatre-vingt-six chambres des députés au lieu d’une seule ? Prétendez-vous donner aux conseils-généraux le droit d’émettre des vœux politiques ? Pour ce qui est des vœux politiques, la procédure qu’on leur applique ressemble à celle des appels comme d’abus en matière ecclésiastique ; il n’est guère de chose si enfantine. Quand le président de la république décrète solennellement « qu’il y a abus dans telle lettre pastorale » d’un évêque, publiée depuis trois mois, ladite lettre a produit sur les âmes catholiques tout l’effet qu’elle doit produire, et quant aux âmes non catholiques, lors même qu’elle ne contient pas le moindre abus, elle ne produit pas plus d’effet pour cela. Pour les vœux politiques des conseils-généraux, c’est pis encore : la loi donne au pouvoir central le droit d’annuler ce genre de vœux ; mais comme le propre d’un vœu est simplement d’être émis, que sa seule émission lui confère toute la dose d’existence morale dont il est susceptible, l’annulation dont il est postérieurement l’objet, bien loin de le détruire, lui procure au contraire une publicité nouvelle. On ne s’explique pas, du reste, pourquoi il est défendu à une collection quelconque de citoyens de faire ce qu’au citoyen isolé a le droit de faire ; or tout citoyen peut discuter, de la manière la plus large, les faits politiques, soit en s’adressant aux élus par voie de pétition aux chambres, soit en s’adressant aux électeurs par la voie du journal, de l’affiche ou du manifeste ; et le conseil représentatif de 100,000 ou 200,000 électeurs ne le peut pas ! Le dépôt de vœux platoniques étant du reste le genre de service que les représentans du peuple sont toujours le plus disposés à rendre à leurs commettans, la multiplication de ces souhaits et la stérilité dont les neuf dixièmes sont frappés d’avance tendent à leur faire perdre bien du prestige.

Ce n’est pas là que l’activité des assemblées locales trouvera son aliment, c’est dans la gestion financière : les forêts nationales ne seraient-elles pas mieux placées entre les mains des départemens, qui les exploiteraient avec plus de souplesse ? Pourquoi des haras