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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/757

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guerre, l’armée de la compassion avait aussi remporté sa victoire. Les succès qu’on avait obtenus causèrent une satisfaction qui fut un encouragement à continuer l’œuvre entreprise, à la développer, à la fortifier, et à la mettre en tel état qu’elle fut prête, à fonctionner au premier signal. On s’ingénia à lui donner une mobilisation aussi rapide que celle de l’armée, et à lui imprimer une direction si bien combinée que les ambulances volontaires pourraient être toujours à portée de contact, avec les troupes en marche ou en campagne. On profita de la paix, non pas pour se dissoudre et s’ajourner au prochain conflit, mais pour resserrer les liens qui unissaient les comités entre eux, préparer les ressources, s’assurer le concours d’un personnel dévoué et augmenter les moyens d’action. En un mot on voulut n’être surpris par aucun événement et répondre à la confiance que les premières expériences avaient inspirée.

C’était logique. Dans un pays où les armées sont permanentes et toujours tenues en haleine, les sociétés chargées des secours sanitaires doivent être également permanentes ; derrière le drapeau militaire qui conduit au combat, il convient que l’on aperçoive l’étendard de la Croix rouge, qui promet l’assistance et flotte au-dessus des massacres comme un emblème de salut. C’est ce que l’Allemagne a compris, et elle profita de la période de paix qui suivit la campagne de 1866 pour multiplier ses comités de secours, en diriger L’influence jusque dans les plus minces bourgades, les ramifier entre eux, et leur donner d’inébranlables assises en faisant participer la nation entière à cette œuvre, que commandaient le patriotisme et l’humanité. C’est par milliers, par millions peut-être, que l’on distribua des brochures où le but de la société était nettement défini, où des notions élémentaires sur le transport des blessés, sur les premiers soins à leur administrer, étaient indiqués ; c’était une sorte de manuel de l’infirmier volontaire, qui faisait pénétrer dans les masses la pensée d’un devoir jusqu’alors ignoré ou méconnu. La tâche n’était point difficile pour un peuple d’instruction obligatoire, chez lequel le dernier des paysans sait écrire et lire. Il en résulta un autre avantage : on ne fut plus embarrassé pour obvier provisoirement aux mille accidens de la vie ouvrière et de la vie agricole ; on recourait aux instructions du manuel et l’on s’en trouvait bien.

La vapeur, l’électricité, ont imprimé aux mouvemens des troupes en formation une rapidité extraordinaire ; aujourd’hui, la guerre est à peine déclarée que l’on entend les coups de fusil ; les derniers régimens sont encore en marche que déjà les premiers sont obligés d’évacuer leurs blessés. C’est pourquoi le secours doit être à courte distance du désastre, c’est pourquoi le comité sanitaire