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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/756

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aujourd’hui adoptée par tous les groupes bienfaisans rattachés à la Croix rouge.

A l’appel qui leur fut adressé, les femmes de l’Allemagne répondirent avec empressement. Ce ne fut pas un élan de prime-saut, né sous le coup d’une émotion subite et s’éteignant lorsque la cause qui l’a soulevé a disparu ; non, ce fut un mouvement méthodique qui a subsisté et qui subsiste. Sous la haute direction de la reine de Prusse (impératrice Augusta), elles formèrent « l’Union patriotique des dames allemandes, » et ce ne fut peut-être pas sans un légitime orgueil qu’elles constatèrent que le « sexe faible » était plus rapidement accouru que le « sexe fort » à la voix de la charité qui conviait à rétrécir, autant que possible, les limites des champs où se meut la frénésie des hommes. On semblait, du reste, s’être préparé durant la paix aux devoirs imposés par la guerre. Pendant cette courte campagne, qui fut de si prodigieux résultats et dont l’action foudroyante a rempli l’Europe de stupéfaction, le seul comité de Berlin encaissa 15 millions de francs ; 200 employés salariés, 250 femmes recevaient, classaient les objets de toute sorte qui affluaient de chaque coin des provinces de Prusse, et les expédiaient par des convois de chemins de fer dirigés sur les points où les blessés avaient été transportés. Sur le passage du train sanitaire, on avait rassemblé, dans certaines stations, tout ce qui pouvait soulager les soldats mis hors de combat. On faisait place dans des ambulances transitoires à ceux que la faiblesse accablait, on réconfortait ceux qui pouvaient continuer leur route sans péril ; on leur distribuait des boissons cordiales, des alimens, des couvertures ; pendant l’arrêt des convois, on renouvelait le pansement, et l’on put ainsi arracher à la mort bien des hommes qui, s’ils n’avaient reçu ces soins intelligens, ne seraient point arrivés vivans à destination. C’est la première fois que des sociétés de secours, portant le brassard de la Croix rouge, intervenaient ; on n’eut qu’à leur rendre grâce, car leur intervention fut un bienfait. Ces stations de ravitaillement furent d’une incalculable utilité ; celle de Pardubitz, peu éloignée de Sadowa, secourut de toute manière une moyenne de 600 à 800 hommes par jour, pendant deux mois au cours des évacuations successives faites par les ambulances sur les hôpitaux [1]. Le vieil ami des armées combattantes, l’allié naturel de la guerre, le choléra, n’était pas loin. La Société de secours le reçut de pied ferme, et « les lazarets » qu’elle fit construire à Berlin furent, dit-on, des modèles d’organisation hygiénique et matérielle.

Les preuves étaient faites, éclatantes ; derrière l’armée de la

  1. G. Moynier, p. 100.