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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/721

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tentatives pour donner à la présence de Guillaume II une importance par trop extraordinaire échoueront vraisemblablement devant le bon sens de la population viennoise. Le péril n’existe pas moins, et l’Autriche a toujours, en vérité, quelque peine à rester simplement autrichienne dans la politique comme dans les réceptions qu’elle réserve à ses hôtes.

Une crise qui n’est pas sans une certaine gravité, qui n’est pas même sans toucher par quelques côtés à des intérêts européens, menace peut-être la Hollande. La santé du roi Guillaume, qui a passé depuis quelque temps par d’incessantes alternatives, a paru s’affaiblir plus que jamais tout récemment. Le roi de Hollande en mourant ne laisserait pour lui succéder qu’une jeune fille, la princesse Wilhelmine, âgée tout au plus de huit ans, et il est certain que, si le dernier descendant mâle de la maison qui a donné un roi à l’Angleterre avait disparu sans que tout fût réglé pour la tutelle de la jeune héritière comme pour la régence, des difficultés singulièrement épineuses auraient pu se produire. Aussi s’est-on hâté récemment, dès la réunion des états-généraux à La Haye, de prendre toutes les mesures nécessaires pour compléter par l’organisation de la tutelle l’œuvre commencée par la constitution de la régence. Une loi a été votée par les chambres hollandaises sans contestation, sans opposition. Cette loi confie la tutelle à la reine Emma, mère de la jeune princesse appelée à régner, et à côté de la reine mère, elle établit un conseil de tutelle où entreront, avec quatre membres désignés par le roi quelques-uns des principaux dignitaires du royaume : le vice-président et le membre le plus ancien du conseil d’état, le président et le procureur-général de la haute cour des Pays-Bas, le président de la cour des comptes. C’est par ce conseil que sera surveillée et dirigée l’éducation de la jeune princesse. Une disposition particulière, qui n’est pas sans quelque importance, exclut la famille de la reine mère de la tutelle, qui reste une affaire toute nationale, toute hollandaise. Ainsi tout ce que pouvait la prévoyance pour simplifier une situation délicate, pour atténuer des difficultés toujours possibles, a été fait. Les états-généraux, réunis extraordinairement, s’y sont prêtés avec une patriotique unanimité. Le ministère conservateur, qui est né, il y a quelques mois, des mouvemens parlementaires, qui a pour chef un homme de talent, M. de Mackay, a tenu à ne pas laisser une telle question peser plus longtemps sur le pays, sur les chambres, dont la session ordinaire, récemment ouverte, va pouvoir être consacrée à d’autres travaux. Le programme ministériel lu aux chambres par M. de Mackay est même assez vaste pour occuper plus d’une session. Naturellement cependant les Hollandais sont pour le moment moins préoccupés des lois proposées par le ministère que de cette éventualité toujours imminente d’un changement de règne, qui peut avoir des conséquences de