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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/715

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rait plus alors qu’à mettre au Journal officiel le plaisant décret de M. Rochefort : « Article 1er, il n’y a plus rien ; — article 2, personne n’est chargé de l’exécution du présent décret. » C’est la désorganisation universelle, et une désorganisation d’autant plus redoutable qu’elle est le résultat logique, fatal de tout un ensemble de choses, de l’affaiblissement croissant de toutes les idées d’ordre, de l’impuissance ou des connivences d’un gouvernement complice.

Voilà où l’on arrive ! Et si on veut savoir ce que méditent, ce que font pendant ce temps les ministres du jour, c’est bien simple : M. le ministre de l’instruction publique va inaugurer officiellement une statue de Danton, en célébrant les vertus de l’auteur des massacrés de septembre ! M. le président du conseil est occupé à combiner sa révision de la constitution, à préparer, par une mutilation nouvelle du sénat, l’affaiblissement des dernières garanties financières qui restent au pays, et à chercher une majorité pour continuer, s’il le peut, sa campagne de radicalisme tapageur et brouillon. C’est ce qui s’appelle profiter de l’expérience des choses et travailler à relever les affaires de la république ! M. le ministre des affaires étrangères qui, lui aussi, inaugurait l’autre jour une statue à Amiens, mais la statue d’un brave soldat mort sur la brèche de sa citadelle, M. le ministre des affaires étrangères a paru, il est vrai, avoir d’autres préoccupations. Il a prétendu que si ce soldat qu’on honorait justement pouvait sortir de son tombeau, il dirait : « Vivez pour la patrie, uniquement pour elle… Cessez ces divisions, craignez les dictatures, fortifiez-vous, développez les vertus viriles, le sentiment du devoir, le respect de la discipline ! .. » Et puis M. le ministre des affaires étrangères a ajouté que nos divisions intérieures faisaient seules notre faiblesse et nous empêchaient de reprendre le rang qui nous est dû, que si la France était unie, elle retrouverait aussitôt, sans avoir besoin de recourir aux armes, son ascendant et sa puissance dans le monde. Rien de mieux ; M. le ministre des affaires étrangères est mieux placé que tout autre pour savoir ce que la politique de division et d’agitation coûte à la fortune de la France ; mais s’il y a des divisions, qui donc les a provoquées et les envenime tous les jours par l’esprit de secte ? Si le pays, lassé et dégoûté, a quelquefois l’air de ne pas craindre les dictatures nouvelles, qui a créé cette fatigue et ce dégoût ? Si l’instabilité est partout, à qui la faute, et qui donc est occupé encore aujourd’hui à recommencer l’éternelle histoire des gouvernemens préparant leur propre ruine par leurs sottises et par leurs excès ?

On ne peut pas dire que les affaires de l’Europe, plus ou moins dégagées des troubles et des complications des dernières semaines, ne soient pas pour le moment à peu près à la paix. Elles sont à la paix si l’on veut ; elles restent en même temps, on le sent bien, toujours livrées aux influences malignes, aux contradictions, à l’incertitude, au