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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/712

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ganisé par eux, ils n’ont pas encore le courage d’un mouvement de bon sens ; ils ne savent pas ou ils n’osent pas avouer qu’ils se sont trompés. Ils ne voient rien, ils se complaisent dans l’arrogance vulgaire de leur infatuation. Puisqu’ils ont les apparences et les représentations du pouvoir, puisqu’ils peuvent aller prononcer des discours à l’inauguration de toutes les statues, puisqu’ils voyagent en personnages officiels, ils sont satisfaits. Ils proclament au besoin leur « éternité » dans leurs discours et dans leurs toasts. Ils parlent d’aller en avant, de refaire les constitutions, de réformer l’état, lorsqu’ils ne voient pas même à deux pas devant eux dans l’étrange confusion qu’ils ont créée, qui s’accroît tous les jours.

Le fait est qu’aujourd’hui, plus on approche de cette session nouvelle, qui devait d’abord s’ouvrir le 9 octobre, qui ne s’ouvrira plus maintenant que le 15, si la commission du budget est prête, si les ministres ont eu le temps d’aller s’entendre avec elle, — moins on peut pressentir ce qui arrivera, ce que deviendront d’ici à peu les affaires de la France. Le pays, lui, sait qu’il est mécontent, plus que jamais mécontent et dégoûté d’une politique qui le trouble et l’appauvrit. Le gouvernement, pour sa part, ne sait pas comment il échappera aux crises qui le menacent, par quel miracle de concentration radicale il retrouvera une majorité pour en unir avec ce qui reste d’ordre et de sécurité dans notre vie française. Les partis eux-mêmes, malgré les violences et les emportemens de leurs polémiques, sont peut-être au fond un peu embarrassés pour engager une campagne qui peut être décisive à la veille des élections générales, qui peut être précipitée par l’imprévu et déconcerter toutes les tactiques. Il est certain que ces préliminaires de la session prochaine sont assez obscurs, qu’on ne sait pas bien où l’on va, que tout se présente sous un aspect plus que douteux, et ce ne sont pas les voyages officiels qui peuvent mettre de la clarté dans nos affaires. A vrai dire, tous ces voyages présidentiels, ministériels, finissent par être un peu monotones en se reproduisant si fréquemment. Ils tournent tous dans le même cercle ; ils ressemblent à des exercices du cirque. C’est par trop prévu, par trop officiel. Une réception à la préfecture, une allocution aux maires, un discours dans un banquet, une visite aux hospices ou à un lycée de filles, à un arsenal ou à une usine, le programme commence à être un peu usé et peut-être un peu banal. Assurément M. le président de la république y met la meilleure volonté. Il va là où on le demande. Il a parcouru, il y a quelques jours, la Normandie, Rouen, Le Havre, Caen, Cherbourg, Elbeuf. Il doit encore, à ce qu’il parait, aller prochainement à Lyon et même à Annecy. Avant que la saison finisse, il sera allé dans bon nombre de départemens ; il aura épuisé ses crédits de voyage pour l’année. M. le président de la république trouve d’ailleurs l’accueil courtois et cordial qui lui est dû, et on pour-