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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/711

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 septembre.

A quoi donc sert l’expérience en politique ? A-t-elle jamais servi à rien ? On ne le dirait certainement pas, à voir comment tout marche, comment les mêmes phénomènes de vie publique se reproduisent, dans des conditions souvent différentes, mais avec les mêmes résultats.

S’il est un fait avéré, constaté, devenu presque banal tant il a pris le caractère d’une certitude invariable, c’est que les gouvernemens ne périssent jamais sous les coups de leurs adversaires ; ils périssent par leurs propres fautes, par leurs excès ou par leurs faiblesses, parce qu’ils n’ont voulu rien écouter, parce qu’ils ont été les dupes plus ou moins volontaires de leurs préjugés et de leurs entraînemens. Ils tombent tout simplement du côté où ils penchent. L’expérience le leur crie à tout instant, sous toutes les formes : ils n’en tiennent compte, ils suivent aveuglément jusqu’au bout la fatalité de leurs passions ou de leurs faux principes ; ils se flattent toujours de réussir là où d’autres ont échoué. C’est évidemment l’histoire du régime qui règne encore aujourd’hui, de cette république telle que l’ont faite les républicains, opportunistes et radicaux. Elle aurait peut-être pu après tout s’établir, cette république, c’est possible ; puisqu’elle a vécu et qu’elle a eu une certaine durée, elle a dû avoir sa raison d’être, elle a répondu à une certaine situation. Elle a été si bien menée, par de si habiles et si prévoyans politiques, qu’elle a fini par s’identifier avec tous les abus, avec toutes les tyrannies de secte et de parti, avec tous les gaspillages financiers, avec tous les genres de désorganisation. Puis, un jour est venu où ceux qui l’ont si bien conduite se sont réveillés en face des conséquences de la plus fausse des politiques, et même devant ce spectacle de leurs œuvres, du pays troublé et désor-