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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/687

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S’il est doux pour un peuple d’être admiré de ses voisins, il ne gagne rien à les étonner, et il faut avouer que, depuis quelque temps, nos voisins nous trouvent plus étonnans qu’admirables. Avec quelque défaveur qu’on envisage en Europe la forme de notre gouvernement, on s’accordait à reconnaître que, malgré de perpétuels et déplorables changemens de ministères, nous avions montré quelque sagesse, quelque prudence, quelque esprit de suite, dans notre politique extérieure. La république française s’est acquis la réputation d’une puissance qui ne cherche pas les mauvaises affaires, qui sait les éviter, qui ne provoque personne. Aussi, en dépit de leurs préventions, le plus grand nombre des cours étrangères souhaitent-elles, dans l’intérêt de la paix européenne, que nous conservions longtemps encore les institutions que les événemens nous ont données. Tout à coup, une comète rouge a paru dans notre ciel, et tous les astronomes ont braqué leur lunette sur cet astre inquiétant pour en calculer le diamètre, l’orbite et les destinées. Après avoir jeté un vif éclat, cette comète a semblé pâlir et sur le point de disparaître ; bientôt après, elle s’est ranimée, on a vu de jour en jour sa queue s’allonger. Plus d’un astronome avait prédit qu’elle s’évanouirait dans l’espace comme un vain météore, comme un bolide ; d’autres déclarent aujourd’hui qu’elle a la taille et l’avenir d’un soleil.

L’Europe s’intéresse médiocrement à notre félicité ; elle nous laisse entièrement libres de nous rendre heureux ou malheureux comme nous l’entendrons. Mais elle s’intéresse beaucoup à notre armée, à notre puissance militaire, au rôle considérable que nous serions en mesure de jouer dans telle complication qui pourrait survenir ; et tout