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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/658

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n’attendent que la main de l’homme pour les faire valoir, il est impossible de ne pas admettre que l’énorme avantage que la Russie possède sous ce rapport à l’égard des États-Unis doit nécessairement lui assurer un jour une victoire éclatante sur sa puissante rivale actuelle.

C’est une victoire dont les peuples de l’Asie centrale seront les premiers à s’apercevoir, à mesure qu’ils verront surgir comme par enchantement, au milieu de leurs déserts inhospitaliers, de nouvelles voies ferrées, telles que celles qui ont été si brillamment improvisées par le général Annenkof. Le moment viendra où l’on devra s’adresser au pétrole pour alimenter les nombreuses lignes qui sillonneront en tous sens la vaste étendue de l’Asie centrale, et si ces lignes ne produisaient d’autre avantage que celui d’accélérer l’établissement d’une entente amicale entre l’Angleterre et la Russie, elles auraient déjà rendu un prodigieux service à l’humanité. Or, cette entente ne peut tarder à avoir lieu, lorsque, placés face à face sur tant de points, les deux puissans voisins se seront convaincus qu’une lutte entre eux ne serait pour l’un ni pour l’autre qu’un sanglant et stérile suicide, tandis qu’ils recueilleraient d’immenses bénéfices en travaillant en commun à l’œuvre de la régénération de l’Orient. Le jour où la Russie et l’Angleterre auront proclamé cette grande vérité, malheureusement si longtemps méconnue, la paix et la prospérité de l’Orient se trouveront établies sur des bases indestructibles, et c’est encore le pétrole qui aura largement contribué à cet heureux résultat.


P. DE TCHIHATCHEF.