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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/654

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V

Près de la côte orientale de la Caspienne, non loin de Krasnovodsk, et faisant presque face à Bakou, situé sur la côte opposée, s’élève l’île de Tchelikène, fort riche en dépôts d’un naphte remarquable par sa nature particulière, car il consiste en ozokérite, espèce de naphte qui fournit la paraffine et la cérésine (cire minérale), et qui jusqu’ici était produite particulièrement par la Galicie ; mais les dépôts qu’en renferme l’île, et dont la majorité n’a pas encore été exploitée, sont plus considérables que ceux de la province d’Autriche.

L’ozokérite ne fut connue au Caucase que dans la seconde moitié de notre siècle ; cependant déjà, en 1877, l’île ne possédait pas moins de 6,400 puits de 3 à 6 mètres de profondeur, et envoya 80,000 kilogrammes de cette espèce de naphte à la foire de Nijni-Novogorod. Parmi les substances obtenues de l’ozokérite, c’est la cérésine qui est la plus importante, car elle peut sous tous les rapports remplacer la cire d’abeille et elle est moins chère que cette dernière. Aujourd’hui, l’intérieur de la Russie reçoit annuellement de l’île de Tchelikène de la cérésine pour une valeur de plus de 1 million de francs. D’ailleurs, tandis que, pour les autres espèces de naphte, la Russie doit lutter avec les divers pays qui en produisent, elle n’a d’autre concurrent pour la cérésine que la Galicie, où cette substance assez rare commence déjà à devenir plus chère ; quant à la cérésine d’Amérique, annoncée en 1879 par les journaux, elle ne paraît guère avoir quitté le terrain du journalisme.

Lorsque l’on considère que la presqu’île d’Apcheron se continue à l’est en une bande sous-marine pour se rattacher à l’île de Tchelikène également riche en dépôts de pétrole, on doit nécessairement s’attendre à ce que ces dépôts se reproduisent dans la steppe turkmène, qui constitue la limite orientale de la Caspienne.

Or, c’est ce qui a effectivement lieu ; en sorte que cette vaste steppe, encore incomplètement explorée, donne sous ce rapport les plus brillantes espérances. Déjà de riches gîtes d’ozokérite (probablement la continuation de ceux de l’île de Tchelikène) y ont été constatés en si grand nombre que, lors de l’expédition militaire contre les tribus turkmènes de Tekké, les officiers russes qualifièrent de Californie noire le pays qu’ils avaient traversé. Leurs pronostics, qui parurent d’abord un peu exagérés, ne tardèrent point à être justifiés par les explorations récentes, dont il résulte que, parmi les régions les plus productives, figure celle comprise entre les