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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/603

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ce que les conditions générales d’existence de la nation ne se détériorent pas ; c’est là le minimum ; ce qui vaudrait mieux encore, ce serait de les améliorer. Les conditions générales d’existence de la nation sont des conditions physiques et des conditions morales. Nous ne parlerons en ce moment que des premières, qui sont moins sujettes à contestation. Elles consistent d’abord, autant que l’homme y peut réussir, dans le maintien ou l’amélioration du climat, dans la conservation du territoire cultivable, dans la protection des richesses naturelles qui ne se reproduisent pas. Pour l’accomplissement de cette tâche multiple, qui est l’une de celles que le passé a le plus négligées, l’état doit lutter tantôt contre certaines forces naturelles qui ne se laissent pas aisément contrôler, tantôt contre la cupidité ou l’imprévoyance des générations actuelles.

Maintenir intact le sol contre les fléaux de la nature qui sans cesse le menacent, c’est-à-dire, dans des contrées comme l’Europe, protéger le littoral contre les envahissemens de la mer, les terres intérieures contre les inondations et les ravages des cours d’eau, préserver le pays de la sécheresse par la conservation des forêts, voilà des tâches qui n’incombent pas à l’état seul, mais pour lesquelles il a qualité. Il peut être aidé par les particuliers et les associations ; il ne doit pas se résigner, toutefois, à l’abstention. La Hollande a fait des merveilles dans sa lutte contre la mer. Tous les élémens de la nation y ont contribué : M. de Laveleye, grand partisan en général de l’intrusion de l’état, a exposé, dans son ouvrage sur l’Agriculture belge, toutes les conquêtes agricoles que des particuliers entreprenans ont faites sur les flots dans les Flandres et en Néerlande : ces riches terres que l’on appelle des polders sont des triomphes de l’industrie privée ; mais il avait fallu auparavant que, soit des syndicats libres de propriétaires de tout un district, soit plus généralement des communes ou des provinces, construisissent des digues et fissent les ouvrages principaux. Le ministère des eaux est l’un des premiers départemens ministériels de la Hollande. Le profit actuel ou prochain n’est pas toujours suffisant pour pousser les particuliers à l’action en ces matières ; puis, l’œuvre, pour être efficace, doit souvent s’étendre sur une surface considérable ; il faut parfois l’entente et le concours, non-seulement d’un grand nombre d’habitans d’un district, mais de tous ou presque tous les détenteurs du sol dans ce district. Quand cette entente vient à manquer, l’intervention de l’état, soit sous la forme mitigée, soit sous la forme absolue, est justifiée. La France peut se vanter de quelques beaux travaux dans ce genre, ceux de Brémontier dans les Landes, où des terrains ont été gagnés sur des marécages et sont devenus productifs pour la nation. Dans les Alpes, Surrell a fait aussi d’utiles ouvrages contre les torrens.