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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/58

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quelques combattans armés ; partout du sang, des débris ; au loin, quelques corps isolés, ceux d’hommes qui avaient succombé après avoir essayé de fuir. Le récit du spahi survivant était confirmé : il ne restait plus qu’à tirer vengeance de cette odieuse trahison. Une reconnaissance de cavalerie apprit que toute la tribu des Ouled-Yaya, fuyant dans l’est, se concentrait sur une forte position nommée El-Gola ou Rassata. C’était un plateau calcaire, en forme de table à bords escarpés, comme il s’en rencontre dans ce pays du Kef. Dès le lendemain, on était prêt à l’assaut ; quelques rampes abruptes y donnant accès en certaines places, les spahis suivis de la légion les gravirent les premiers. Pour de la cavalerie, arriver là, c’était un vrai tour de force ou plutôt d’adresse ; elle y monta cependant, au milieu d’une forte fusillade ; les fantassins suivirent, et, en un instant, la multitude des Yaya était mise à sac ou fuyait en se précipitant du haut des rochers sur le revers boisé de la position. Les traîtres étaient châtiés ; restait à en finir avec les contingens de Tunis et des Nemencha. »

Le général Randon demanda des renforts au général Bedeau, qui avait repris le commandement supérieur de la province ; il reçut le 2e de ligne, des détachemens de chasseurs d’Afrique et de spahis, avec de l’artillerie. Devant lui, les rebelles avaient fait le vide ; cependant il finit par les atteindre, et le choc des deux cavaleries fut superbe. « A peine nos fantassins osaient-ils faire feu, disent les mémoires, de peur de tuer nos cavaliers pêle-mêle avec leurs adversaires. Ce fut pour le 2e de ligne un curieux spectacle : on comptait les coups. Gérard, le tueur de lions, alors maréchal des logis aux spahis de Bône, tua plusieurs cavaliers tunisiens, comme dans le combat des Horaces et des Curiaces. Deux cavaliers entre autres fuyaient devant lui : il atteint le premier et lui passe son sabre à travers le corps ; par un bond de son cheval, il rejoint le second, qui, penché sur sa selle, le tenait au bout de son fusil ; l’Arabe fait feu, manque son coup et tombe sous le sabre de Gérard. La suite de ce combat fut une poursuite acharnée d’environ 7 lieues ; la nuit et la fatigue y mirent un terme forcé. Toute cette cavalerie ne s’arrêta qu’après avoir constaté qu’elle était depuis longtemps déjà sur le pays de Tunis. » Les jours suivans, les Nemencha ayant fait soumission, le général Randon ramena sa colonne à Bône.


II

Il convient, pour être exact, de rechercher les derniers vestiges et de noter les conséquences extrêmes de la grande insurrection.