Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/554

Cette page n’a pas encore été corrigée


au plus près des montagnes où devait se décider la crise. Embarqué, le 20 novembre, à Mers-el-Kebir, sur le Veloce, avec son état-major, La Moricière prit terre, le lendemain matin, à Nemours, se rendit, le même jour, à Lalla-Maghnia, et, le 22, au bivouac de Sidi-Mohammed-el-Oussini. Là se trouvaient réunis, sous les ordres du colonel de Mac-Mahon, un bataillon de zouaves, deux bataillons du 12e léger, un bataillon du 5e de ligne, le 10e bataillon de chasseurs à pied, un escadron du 2e chasseurs de France, deux escadrons du 2e chasseurs d’Afrique, un escadron de spahis, deux sections d’artillerie de montagne ; l’effectif total était de 2,350 hommes. Le 23 et le 24, de grands renforts arrivèrent, un second bataillon du 5e de ligne, deux bataillons du 9e, le 8e bataillon de chasseurs à pied, deux autres escadrons du 2e chasseurs d’Afrique, deux autres de spahis, une autre section d’artillerie de montagne, un détachement du train des équipages.

La Moricière prescrivit que les hommes eussent toujours six jours de vivres dans le sac et les cavaliers quatre jours d’orge en besace, et qu’en outre le convoi de mulets fût toujours prêt à suivre, avec un supplément de quatre jours de vivres et d’un jour d’orge ; enfin, tous les jours, les convoyeurs arabes devaient apporter de Nemours au camp un approvisionnement de vingt-quatre heures. Le 29 novembre, deux bataillons du 44e, deux escadrons du 4e chasseurs d’Afrique, un nouveau détachement du train rejoignirent. L’effectif fut alors porté à 5,430 hommes. L’infanterie, sous les ordres du général Renault, fut répartie en deux brigades avec une réserve, les brigades commandées par les*colonels Roche et Faure, la réserve par le colonel de Mac-Mahon. La cavalerie embrigadée eut pour chef le colonel Cousin-Montauban.

En arrivant sur la frontière, le général de La Moricière avait appris que les corps marocains faisaient beaucoup de démonstrations à distance de la deïra, mais qu’ils n’osaient évidemment pas l’attaquer. D’autre part, on sut qu’Abd-el-Kader, dans le temps qu’il écrivait au duc d’Aumale, avait député vers les fils de l’empereur deux aghas de ses réguliers pour leur offrir quatre chevaux de soumission, mais que les princes avaient refusé de les recevoir, et qu’Abd-er-Rahmane, avisé par eux de cette démarche, leur avait fait dire qu’il ne voulait rien entendre, à moins que le porteur de paroles ne fût Bou-Hamedi. Sur cette ouverture, Bou-Hamedi, muni d’un sauf-conduit, prit, non sans quelque préoccupation, le chemin de Fez. Il avait raison d’être inquiet, car, dès son arrivée, il fut traité bien moins en négociateur qu’en otage. Il lui fut signifié qu’Abd-el-Kader aurait tout d’abord à restituer les 500 ou 600 chevaux qu’il avait pris dans le camp du kaïd El-Ahmar, à payer une din ou compensation pour les meurtres que ses gens avaient commis,