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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/552

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de nous deux doit commander dans l’empire, et Dieu va décider entre nous. »

Le 19 novembre, La Moricière, qui était à Oran, fut informé de la marche en avant des corps marocains et du mouvement rétrograde que l’émir venait de prescrire à la deïra. Les deux fils de l’empereur, Mouley-Mohammed et Mouley-Ahmed, se portaient avec deux corps d’armée de Taza sur la Moulouïa ; un troisième corps cheminait à travers les montagnes du Rif ; enfin, le kaïd d’Oudjda se portait avec son maghzen vers les Beni-Snassen. Abd-el-Kader concentrait ses forces sur la rive gauche de la Moulouïa.

Sur ces entrefaites, un de ses secrétaires, EI-Hadj-el-Habid, se présenta, le 17 novembre, au général Renault, qui commandait à Nemours l’ancien camp de Djemma-Ghazaouat, et lui remit, de la part, de l’émir, trois lettres adressées, la première au duc d’Aumale, la deuxième au général de La Moricière, la troisième au général Cavaignac. Il y en avait une quatrième, de Bou-Hamedi, pour La Moricière.

La lettre au duc d’Aumale, écrite trois jours auparavant, était conçue en ces termes : « Gloire à Dieu dont les louanges font obtenir les bienfaits d’une manière complète et qui accorde le bien avec surabondance ! Que Dieu soit prié pour notre seigneur et maître Mohammed et ses compagnons ! De la part du combattant pour la foi, le défenseur de la religion, notre maître Sidi-Hadj-Abd-el-Kader. — Que Dieu lui soit en aide et ! e dirige ! — Au chef le plus magnifique des armées françaises d’Alger et de ses dépendances, au chef de leurs généraux, commandans et autres, au fils du sultan des sultans du pays de Roum, au duc d’Aumale. — Que Dieu fasse prospérer l’état de ceux qui sont fermement attachés à la justice la plus pure ! Salut sur ceux qui ont saisi l’anse solide, ainsi que la miséricorde de Dieu, ses bénédictions, ses bontés et ses bienfaits ! — Déjà avant ton avènement au gouvernement de ce pays d’Alger, j’avais écrit plusieurs fois aux commandans d’alors, ainsi que j’avais écrit à ton père leur sultan. Ils ont gardé le silence à mon égard, et je n’ai pas reçu de réponse à une seule lettre. Aujourd’hui, lorsque j’ai appris que tu es arrivé en ce pays, afin d’y commander par les ordres de ton père, je me suis réjoui de cet événement et je t’ai écrit, il y a quelques jours, avant la présente. Je suppose que ma lettre est arrivée à temps ; mais puisqu’elle n’a pas atteint le but que je me proposais, j’ai voulu t’en écrire une nouvelle pour le même objet, en la confiant à un homme distingué, sage et sûr, qui doit la présenter à ta seigneurie. Il sera mon mandataire et me suppléera près de toi pour te faire savoir ce que j’ai à te dire et me faire connaître ce que tu auras à lui répondre. Tu es la porte de la souveraineté, et notre livre dit bien : « Faites choix