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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/551

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Nous mourrons tous, plutôt que de nous soumettre à des ordres pareils, et, puisque nous n’avons pas trouvé sûreté sur la terre musulmane, nous jurons de nous arrêter seulement lorsque nous serons arrivés sur celle des chrétiens. » Puis la tribu se mit en marche vers Taza ; mais alors le prince Mohammed fit publier dans tous les environs de Fez une proclamation par laquelle il mettait au prix de 10 ducats la tête de chacun des guerriers Beni-Amer et donnait à qui pourrait les prendre leurs femmes, leurs enfans, leurs troupeaux, leur avoir. Cernés par plus de 12,000 Arabes et Kabyles, les Beni-Amer se défendirent pendant trois jours et finirent par succomber. Le massacre eut lieu vers le commencement de septembre. Ce fut pour Abd-el-Kader un coup terrible ; car il s’était avancé, malgré l’hostilité de certaines tribus, à la rencontre des émigrans, non pas sans doute pour les aider à regagner la terre chrétienne, mais avec l’espoir de les ramener à la deïra et de les y retenir. Dans le même temps, Mouley-Mohammed faisait saccager le territoire des tribus kabyles qui avaient montré quelque partialité pour l’émir, tandis que son frère Mouley-Ahmed campait sous Taza. Vers la fin d’octobre, Mouley-Mohammed vint l’y rejoindre, et désignant Abd-el-Kader comme l’ennemi à combattre, il fit publier cette proclamation : « De ce moment, je ne connais personne. Mes amis seront ceux qui apporteront de l’orge à mon camp et qui marcheront avec mes troupes contre le révolté ; mes ennemis seront ceux qui ne viendront pas à moi. »


III

Des marabouts influens et vénérés s’entremirent afin d’apaiser la colère de l’empereur ; ils se rendirent à Fez pour lui représenter qu’en ordonnant de si grands apprêts contre un vrai musulman, il ne faisait que donner de la joie aux chrétiens, ravis de voir les fidèles de l’islam se déchirer entre eux. Abd-er-Rahmane les écouta sans les interrompre ; puis, après quelques minutes de méditation, il leur dit d’un ton sévère : « Ce n’est point un vrai musulman, celui qui, après avoir demandé l’hospitalité, cherche à trahir son hôte ! Ce n’est pas un vrai musulman, celui qui, non-seulement désobéit aux ordres du prince des croyans, mais encore agit en maître dans ses états ! Ce n’est point un vrai musulman, celui qui massacre des populations soumises à leur légitime souverain, qui attaque ses camps et tue ses fidèles serviteurs ! C’est un rebelle qui trace une ligne de feu et de sang partout où il passe. Je ne veux rien entendre de lui. S’il veut éviter de nouveaux malheurs, qu’il abandonne mes états et qu’il aille porter ailleurs le désordre attaché à ses pas ! L’un