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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/481

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versel, c’est la direction de la diplomatie espagnole. Une politique de neutralité pacifique est presque une nécessité imposée par l’opinion. Personne ne veut engager l’Espagne dans des alliances lointaines et onéreuses. Il y a même dans tous les partis un désir marqué, avoué, de vivre en bonne amitié avec la France, et rien ne prouve mieux ces bons rapports que ce qui vient de se passer à Toulon, où une escadre espagnole est venue assister en spectatrice sympathique aux manœuvres de la flotte française. L’amiral espagnol et ses officiers ont trouvé auprès de nos chefs, auprès de M. le président du conseil lui-même, l’accueil le plus cordial. Ils ont été fêtés, honorés comme ils devaient l’être, et ils ont rendu politesse pour politesse, répondant de leur mieux à la courtoisie qui les accueillait. C’est qu’en réalité entre les deux nations il n’y a que des raisons de bonne intelligence, de rapports faciles, et il suffit que les deux pays restent livrés à eux-mêmes pour qu’ils suivent ce mouvement naturel de sympathie créé par les traditions de l’histoire, par tout un ensemble d’intérêts communs. Où donc serait une cause saisissable d’hostilité ? Les deux nations ne peuvent se rencontrer en ennemies nulle part, pas même au Maroc, où des esprits pointilleux ont imaginé une rivalité d’influences qui n’a rien de réel. Sur les frontières, les deux gouvernemens sont également intéressés à favoriser, à stimuler des relations commerciales qui ne font que s’étendre et s’accroître au profit des populations. Il faudrait donc qu’il se trouvât à Madrid un gouvernement rêvant pour l’Espagne, au détriment de tous ses intérêts, on ne sait quelle place dans une coalition formée contre la France ! Ni libéraux ni conservateurs n’y songent. Le ministre des affaires étrangères d’aujourd’hui, le marquis de la Vega y Armijo, qui a eu autrefois assez gratuitement des démêlés avec notre pays, a pu un jour, il y a quelques années, briguer les grandes alliances, et il faisait récemment encore, à Vigo, allusion à cette politique, dont il parlait en ministre plus avantageux qu’adroit. Ce temps où M. de la Vega y Armijo conduisait le roi Alphonse XII en Allemagne est passé, et il fait aujourd’hui partie d’un ministère dont le chef, M. Sagasta, désavoue certainement toute pensée malveillante à l’égard de la France.

Est-ce que le conflit qui est né récemment du choc des compétitions présidentielles aux États-Unis, qui menace par contre-coup les intérêts canadiens, peut-être les rapports de la grande république avec l’Angleterre, est-ce que ce conflit deviendrait sérieux ? Est-ce que le Canada serait destiné à payer les frais des querelles des partis américains, du désaveu infligé par le sénat de Washington à un modeste traité sur les pêcheries ?

Au premier abord, on aurait pu croire que le président Cleveland, en répondant au vote des républicaine du sénat par des menaces de représailles contre le Canada, en se faisant plus protectionniste que ses