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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/395

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faut bien que le Diccionnario historico de las bellas artes de Cean Bermudez supplée à cette lacune. Il nous apprend toutefois que François de Zurbaran, né à Fuente de Cantos, en Estramadure, était fils d’un simple laboureur. J’imagine que ce laboureur, comme le riche paysan de Calderon, l’Alcade de Zalamea, devrait être à son aise, intelligent, et même cultivé, puisqu’il devina la vocation artistique de son fils et l’envoya étudier à Séville, assez loin de son village. Séville, malgré la récente fortune de Madrid, était encore, par la richesse et le commerce, la capitale des Espagnes ; elle l’était aussi par le culte des lettres et des arts. Les écoles de peinture y abondaient, toutes remarquables et fécondes, puisqu’on y voyait en même temps des élèves tels que Zurbaran et Velasquez, et, un peu plus tard, Murillo. Tous ces maîtres perpétuaient les leçons de Luis de Vargas, Sevillan qui avait longtemps travaillé en Italie avec Pierino del vaga, et rapporté dans sa patrie la tradition de Raphaël. Un de ses élèves, le licenciado Roëlas, chez qui entra le petit paysan d’Estramadure, avait habité Venise, et en était revenu coloriste de grande allure. C’est une superbe toile que sa Mort de saint Isidore, à Séville, et vraiment digne de l’atelier du Tintoret. Mais à la splendeur du coloris et au style plein de mouvement se mêle déjà un accent de génie national.

La bonne étoile du jeune Zurbaran l’avait donc conduit, apparemment, chez le meilleur maître de Séville, et un Italien ou un Français serait resté là au moins quelques années. Mais Zurbaran, en bon Espagnol, se hâta de chercher sa voie lui-même, et l’on ne connaît pas de lui une seule toile qui rappelle la manière de Roëlas : indépendance qui n’était, après tout, que l’instinct précoce de ses vraies aptitudes.

A quel âge Zurbaran passa-t-il en Italie, et combien de temps y demeura-t-il ? .. Les biographes sont muets sur ce point ; mais qu’il y ait fait un séjour de deux ou trois ans au moins, cela ne peut être mis en doute. Où aurait-il pu étudier la peinture du Caravage, dont il a gardé une si forte empreinte, puisqu’il n’y a jamais eu en Espagne un seul tableau de ce maître ? Et ce n’est pas seulement le grand naturaliste qui le captive en Italie. Porté d’instinct vers le dessin et le grand style, et aussi, comme Moralès, vers l’inspiration pieuse et mystique, Zurbaran s’en prit à Raphaël d’abord ; et, non content de ce modèle, il remonta bravement jusqu’aux maîtres florentins d’avant la renaissance.

Voilà donc, en plein XVIIe siècle, au milieu des triomphes du Giuseppino, de Guido Reni et du Guerchin, lorsque ces bruyans faiseurs dominent toute l’Italie, les palais comme les ateliers, voilà un jeune homme qui leur tourne le dos et s’en va à l’école chez