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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/384

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I. L’ART NATURALISTE


I

Si vous avez jamais lu la vie des anciens peintres, français, flamands ou espagnols, au XVIe et au XVIIe siècle, vous y aurez remarqué deux traits saillans et chez tous à peu près uniformes, C’est d’abord le long et patient apprentissage auquel se soumettaient ces artistes, écoliers volontaires pendant la moitié de leur vie ; puis leur idolâtrie pour les grands maîtres et le fanatisme irrésistible qui les entraînait tous vers l’Italie. Aucun ne se voulait contenter de l’éducation natale, ni du maître, parfois excellent et renommé, qui lui avait appris à manier le crayon et la brosse. Dès qu’ils en avaient le moyen ou l’occasion, ils parlaient, à travers mille obstacles, pour cette terre promise, où ils croyaient fermement que le génie les attendait devant les chefs-d’œuvre de Florence et de Rome. Ils ne l’y rencontraient pas toujours, et plus d’un même y a perdu son propre talent. Mais combien d’autres ont rapporté de ce commerce toute leur puissance et toute leur gloire !

Le souvenir de ces laborieux artistes, à la fois si vaillans et si timides, si pleins de foi et si défians d’eux-mêmes, me hantait un jour, non pas à Rome, où, Dieu merci, les écoliers de la peinture ne manqueront jamais, quoi qu’on dise, mais à Madrid, dans le