Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/355

Cette page n’a pas encore été corrigée


que le spectacle de cette apothéose invite à recommencer des actes qui, tôt ou tard, trouvent des écrivains pour les justifier, des politiciens pour les honorer. L’éducation d’un peuple se fait par ses emblèmes aussi bien que par les livres, et par les yeux autant que par la raison.

Aussi bien nos élus ne prennent-ils aucun souci de déguiser leurs projets, de rassurer le bourgeois parisien, qui ne demanderait qu’à pratiquer la politique de l’autruche. Les comités révolutionnaires ne permettent pas les manœuvres savantes, les combinaisons diplomatiques, qu’ils traitent de trahisons : ils veulent que tout se passe au grand jour, qu’on marche en avant, bannières déployées, mèche allumée ; ils commandent et leurs mandataires obéissent. Autrefois, lorsque le parti opportuniste contre-balançait le parti autonomiste, on usait encore de quelque stratégie ; mais les dernières élections ayant envoyé à celui-ci une majorité écrasante, il croit avoir ville gagnée, se lance dans une véritable surenchère d’utopies, où chacun se montre jaloux de dépasser l’orateur de la veille, de ne pas rester en arrière de celui de demain. M. Vaillant fait des propositions qui visent un décret de la commune du 19 mai 1871. N’est-ce que cela ? M. Vaillant retarde : bien auparavant, le conseil avait réclamé et obtenu une place pour « un ancien membre de la municipalité. » MM. Daumas et Longuet proposent de rayer des recettes une somme d’environ 200 millions portant sur l’octroi, les halles, les marchés, les abattoirs, les entrepôts, la police… On les remplacerait par une taxe cubique sur les maisons, taxe progressive en raison de la valeur des biens, selon l’importance de la masse bâtie et la richesse de la zone ; c’est-à-dire que l’on grèverait certains arrondissemens en dégrevant ceux qui ont l’honneur d’être habités par « le peuple. » Ce droit de place serait la rançon des immeubles considérés comme prisonniers ou otages de la guerre sociale. Quant à M. Brousse, il brandit sur la tête des créanciers de la ville l’arme offensive de la banqueroute et « d’un budget socialiste » de 500 millions en opposition avec « le budget bourgeois. » Ils sont là dix communistes avérés, originaires des réunions publiques, émules d’Hébert et de Babeuf, qui font du bruit comme deux cents, et ne se lassent pas d’exiger, puisque aussi bien radicaux et autonomistes ne se lassent pas de se soumettre. Ils leur ont arraché la journée de travail de neuf heures, le repos obligatoire pour l’ouvrier un jour par semaine, et, au nombre de leurs triomphes les plus brillans, ils citent certaine délibération prise, en avril 1887, à la majorité de 42 voix, et ainsi conçue : « Les prix de la série officielle, en ce qui concerne les salaires, seront strictement appliqués à la ville de Paris. La série officielle de la ville de Paris sera révisée annuellement, de